Macbeth au théâtre des Champs-Elysées : une belle réussite

Philippe Thanh 25/10/2017
Le théâtre de l’avenue Montaigne a présenté, en version de concert, Macbeth de Verdi, en faisant appel aux forces du Teatro Regio de Turin. Une soirée mémorable.

Deux ans après une production scénique qui nous avait laissé sur notre faim (lire ici), Macbeth revient avenue Montaigne, cette fois en version de concert et, disons-le d’entrée, avec une toute autre réussite. Le Regio de Turin avait donné l’œuvre en version scénique en juin dernier. Ce sont, peu ou prou, les mêmes interprètes, entourés du chœur et de l’orchestre du Regio que l’on retrouve sur la scène du théâtre des Champs-Elysées. Version de concert donc, mais marquée par la cohésion née des représentations.

Principal artisan de la réussite, le chef Gianandrea Nosea dont la direction nerveuse imprime au drame une marche implacable est secondé par un orchestre de toute beauté (les cordes, les bois !). Le chœur est ici un protagoniste à part entière, avec un exceptionnel pupitre de basses : morceau de bravoure, le fameux « Patria opressa » donne le frisson et constitue l’un des sommets de la soirée.

Dans le rôle-titre, Dalibor Jenis (qui fut à plusieurs reprises un Figaro remarqué dans Le Barbier de Séville vu par Coline Serreau à l’Opéra Bastille) incarne un beau Macbeth et dessine tous les aspects de ce personnage complexe et torturé. Un timbre sans doute un peu clair, un grave manquant d’assise et engorgé, contrairement au reste de la tessiture, posent les limites d’une incarnation qui reste frappée au coin de la sincérité. Belle (trop belle ?) voix, Anna Pirozzi emporte l’adhésion dès son air d’entrée par la franchise de son émission. Mais ce chant sain et roboratif manque parfois de nuances (trilles esquivés dans le Brindisi et surtout une scène du somnambulisme qui laisse sur sa faim, et pas seulement à cause du contre-ré bémol négocié de justesse). Pour autant, cette Lady Macbeth reste globalement impressionnante par la qualité des moyens mis en œuvre.

Face au couple maudit, le ténor Piero Pretti se tire avec les honneurs du court rôle de Macduff avec un « Ah, la paterna mano » bien négocié ; on ne saurait pour autant oublier l’exceptionnelle prestation de Jean-François Borras dans cette même salle quelques mois plus tôt. Mais c’est surtout Marko Mimica qui a soulevé l’enthousiasme du public. A tout juste 30 ans, le baryton-basse croate incarne un Banquo saisissant d’autorité vocale et nous offre un magnifique « Come dal ciel precipita ». Rarement a-t-on entendu une voix aussi homogène sur toute l’étendue de la tessiture, une émission aussi franche, pareil timbre de bronze. Une voix à suivre, assurément. Quant aux seconds rôles, ils se sont eux aussi distingués, notamment Alexandra Zabala et Alejandro Escobar, excellent Malcom. (24 octobre)

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