A la Philharmonie, le sacre des Dissonances

Suzanne Gervais 31/10/2017

Après Le Havre et Dijon, Les Dissonances et David Grimal ont posé leurs pupitres à Paris avec “La Danse”, premier programme de leur saison, qui rassemblait la Symphonie n°7 de Beethoven et Le Sacre du printemps de Stravinsky. Un concert parfaitement chorégraphié.

Le premier mouvement de la Symphonie n°7 est lancé avec panache. L’introduction “Poco sostenuto”, pleine de suspens, et le réjouissant “Vivace” ne laissent aucun doute : les Dissonances démarrent la saison en grande forme ! La beauté du phrasé est portée par des tempi rigoureux et une conscience très précise de l’architecture délicate de l’œuvre. Clarinette, hautbois et cors naturels déploient leur mélodie, interrompus par les sanctions pleines de verve des cordes, à la sonorité moelleuse. Le célébrissime “Allegretto”, qui suit, s’élève avec une sobriété bienvenue : rien d’ampoulé, ni d’affecté. La marche funèbre se déploie, poignante, du chant des altos et des violoncelles jusqu’à la réponse, expressive à souhait, des violons dans l’aigu. Là encore, la justesse des tempi est à saluer. Sur scène, la magie opère : les musiciens savourent, osent tourner la tête pour écouter un solo, se répondent. Le Scherzo et le Finale sont menés à vive allure, avec une jubilation digne d’une frénétique bacchanale : rien de tel pour exprimer la verve beethovenienne !

Si l’interprétation de la Symphonie n°7 laisse le public rêveur, le climax de la soirée est sans aucun doute Le Sacre du printemps, qui permet à l’orchestre – de retour sur scène avec un effectif ébouriffant – de déployer toute sa force de frappe. Le redoutable et nonchalant solo de basson ouvre un premier tableau plein de mystères – “L’adoration de la terre”, esquisse bucolique en terre païenne –. Il est enrichi des interventions tantôt pinçantes, tantôt moirées de la petite harmonie. Aucun répit pour l’oreille ! Les timbres se répondent et se mêlent dans une mosaïque luxuriante qui donne le vertige : longues mélopées de la flûte en sol, polyphonie des huit cors, interventions veloutées de la clarinette basse… Les percussionnistes, très en formes, ne sont pas en reste : mention spéciale aux deux timballiers, impressionnants de virtuosité dans le deuxième tableau, “Le Sacrifice”. La précision horlogère des musiciens n’empêche pas un grand naturel et leur enthousiasme ne fait qu’une bouchée de la périlleuse polyrythmie. David Grimal emmène les cordes dans une ronde de syncopes au balancement jazzy, les archets caressent, martèlent ou crissent. Ovations méritées. (26 octobre)

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