Une Flûte vraiment enchantée, salle Favart

Philippe Thanh 07/11/2017

L’Opéra-Comique de Paris a accueilli une Flûte enchantée de Mozart, venue de l’Opéra-Comique de Berlin après avoir largement tourné dans le monde. L’occasion de découvrir le travail du metteur en scène Barrie Kosky, directeur du théâtre berlinois, et du collectif “1927” qui a conçu un spectacle d’animation étonnant. Au point de reléguer par moments les solistes au second plan.

Suzanne Andrade et Paul Barritt, les fondateurs de la compagnie 1927 (référence à l’année du premier film parlant) ont conçu une mise en images de La Flûte enchantée comme une projection ininterrompue sur un grand mur blanc percé d’ouvertures pivotantes par où apparaissent les chanteurs qui deviennent ainsi personnages de ce film d’animation. La référence aux années du cinéma muet est explicite avec la suppression des dialogues, remplacés par des intertitres avec accompagnement au pianoforte. Pour autant les références au cinéma muet ne sont pas les seules inspirations des concepteurs du spectacle : bande dessinée traditionnelle, comics, mangas sont aussi au rendez-vous, par touches, au sein d’une inventivité permanente, foisonnante. La conjonction parfaite de la vidéo et des personnages de chair et d’os est une des clés de la réussite de l’entreprise et l’osmose est telle qu’on en confond parfois chanteurs et images animées (quelques images, captées à Los Angeles, à voir ici). 

Du coup, et c’est là sans doute une des limites de l’entreprise, les chanteurs sont assignés à un rôle de figuration, bridés dans leur liberté d’expression par la place qui leur est assignée dans l’image projetée. C’est flagrant pour l’interprète de la Reine de la Nuit, figée sur son perchoir, devenue une d’araignée géante, qui n’a que ses contre-fa comme mode d’expression (ceux de Christina Poulitsi sont percutants à souhait). Une des séquences les plus réussies est l’apparition de Tamino, fuyant le serpent : on ne voit que le buste du chanteur tandis que la vidéo montre ses jambes se mouvant à toute allure pour échapper au monstre.

Tansel Akzeybek, malgré une émission nasale (dommage pour « Dies Bildnis… »), incarne cependant un Prince à la Buster Keaton de plus en plus convaincant au fur et à mesure du déroulement du spectacle. Excellente Pamina de Vera-Lotte Böcker, à qui l’on a fait la tête de Louise Brooks, même si l’on a déjà entendu timbre plus rond et vocalité plus assumée dans « Ach, ich fühl’s ». Papageno, oiseleur qui rappelle Jim Carey dans The Mask, est Dominik Köninger : présence, voix bien conduite, le duo avec Pamina est un beau moment de la soirée. Wenwei Zhang est à la fois l’Orateur et Sarastro, inquiétant manipulateur d’automates : belle voix mais le grave manque d’assise dans « O Isis und Osiris ». Transformé en Nosferatu, le Monostatos de Johannes Dunz peine, lui, à se faire entendre. Plus que les Trois Dames, on retiendra la prestation des Trois Garçons, issus de l’excellent Tölzer Knabenchor, et les interventions du chœur Arnold-Schoenberg.

Au pupitre, Kevin John Edusei bouscule un peu l’Ouverture mais l’orchestre de l’Opéra-Comique berlinois se ressaisit rapidement. On a bien sûr quelque peine à se défaire des références que les ensembles sur instruments anciens nous ont mis dans l’oreille, mais l’adéquation des images et de la musique l’emporte finalement. On dira enfin son plaisir d’entendre le Singspiel mozartien dans une salle à taille humaine pour laquelle il semble avoir été conçu, loin des trop vastes salles où voix et intentions se perdent. (6 novembre)

 

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