Madame Butterfly d’Orange aux Champs-Elysées, un transfert réussi

Philippe Thanh 08/11/2017

Soirée d’exception au théâtre des Champs-Elysées avec cette Madame Butterfly de Puccini, qui ressuscitait la production des Chorégies d’Orange 2016, avec les mêmes interprètes principaux et les mêmes Orchestre philharmonique et Chœur de Radio France. Triomphe à l’époque, renouvelé ici dans cette version de concert.

Une fois de plus (après le Macbeth turinois donné récemment dans cette même salle, lire ici), entendre en concert des interprètes qui ont joué ensemble dans une production scénique apporte au spectateur une vraie satisfaction : inutilité des partitions (même si les pupitre sont là, la plupart des chanteurs n’y jettent pas un coup d’œil), engagement et cohésion d’une équipe d’artistes qui parviennent d’un geste à recréer l’illusion de la scène… De surcroît, s’agissant d’interprètes qui avaient été engagés pour rivaliser avec le mistral, on a ici une distribution de choc !

Mais, d’emblée, c’est l’Orchestre philharmonique de Radio France qui en impose par ce luxuriant tapis sonore déployé sous les pas des solistes. Mikko Franck sait faire chatoyer chaque pupitre (ici, des cordes de rêve…) tout en imprimant une tension constante qui parcourra l’œuvre de bout en bout. Les artistes du Chœur de Radio France ne le cèdent en rien à leurs camarades de l’orchestre, s’imposant notamment dans le fameux chœur à bouche fermée.

La soprano albanaise Ermonela Jaho incarne une geisha de luxe, voix timbrée et homogène, aigu percutant et grave nourri. Une expression qui paraît parfois un rien extravertie dans la la salle intime de l’avenue Montaigne, mais un chant probe, sain, superbement incarné avec de grands moments d’émotion. A ses côtés, Marie-Nicole Lemieux sait contenir son expression pour rendre crédible l’humble suivante Suzuki, avant de laisser ses moyens considérables se déployer à l’acte III, face à la veulerie du marin américain et aux conséquences fatales qu’elle entrevoit. Voix puissante, le ténor Bryan Hymel est un Pinkerton sonore mais capable de nuances et qui donne vie à ce personnage peu sympathique. En Sharpless d’une grande humanité, Marc Barrard fait passer dans son chant toute la compassion pour Butterfly et la consternation que lui inspire l’inconséquence de Pinkerton.

Les seconds rôles sont à citer, de l’excellente basse Wojtek Smilek, dont l’intervention paraît trop courte, au Yamadori sensible de Christophe Gay, en passant par l’entremetteur Mikeldi Atxalandabaso, le nouveau venu de la distribution par rapport à celle des Chorégies. (7 novembre)

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