A Paris, Christophe Rousset joue Balbastre et Rameau sur un instrument historique

Invité de la Cité de la musique, dans le cadre des “Concerts sur les instruments du Musée de la musique”, le fondateur des Talens lyriques a interprété une série de pièces françaises sur un clavecin du 18e siècle appartenant au Mobilier national.

Construit sous le règne de Louis XV par le facteur Jean-Claude Goujon, l’instrument possède deux claviers et trois jeux, de huit et de quatre pieds. Son splendide décor extérieur trahit la passion de l’époque pour les laques d’Extrême-Orient. Sa table d’harmonie est peinte dans le style flamand de Ruckers : l’inscription trompeuse de la barre d’adresse, comme les initiales de la rosace, comme les imprimés couvrant les pourtours d’intérieurs de caisse, pourraient d’ailleurs laisser songer à une origine anversoise – le piètement massif étant un ajout du 19e siècle. Mais l’essentiel, moins visible, concerne la mécanique. En ravalant cet instrument en 1784, soit trente-cinq ans après sa fabrication, Jacques Joachim Swanen a porté sa tessiture de 56 à 61 notes. Il l’a surtout pourvu d’un registre supplémentaire et de genouillères permettant d’actionner un jeu en peau de buffle et un jeu de diminuendo. Autrement dit, ce clavecin “de transition” a volontairement été transformé pour être doté de possibilités expressives... Précieux à tous égards, il témoigne de l’évolution du goût et de la facture dans le royaume de France, où le pianoforte était alors en passe de s’imposer.

Aucun instrument n’aurait su mieux convenir pour toucher les pièces de Claude Balbastre, qui fut l’un des premiers partisans du jeu de buffle, puis du pianoforte. Dans l’acoustique un peu sèche de l’amphithéâtre, Christophe Rousset joue d’abord quelques pièces en do tirées du Premier Livre (1759). La de Caze ouvre en mineur, fière et marquée, à deux temps, avec ses valeurs pointées, ses sextolets, ses octaves durement plaquées, des indications de nuances comme “moëlleux” ou “forte” qui rappellent que l’auteur naît près d’un siècle après d’Anglebert. Lui répond La Boullongne, de même caractère. La Ségur est une jolie gavotte, La Brunoy une danse marquée à douze croches. Majesté de La d’Héricourt ! Les ritournelles enjouées de La Bellaud, ses basses d’Alberti typiquement pianistiques, sont ciselées sur jeu de buffle et récoltent des acclamations.

Pour l’intermède Rameau (maître et protecteur de Balbastre, et Dijonnais comme lui), Christophe Rousset assemble un bouquet raffiné : Les Tendres Plaintes et L’Entretien des muses, que troublent à peine le tumulte, la fougue des Cyclopes et des Tourbillons. Mouvements un peu vifs qu’explique en partie la faible réverbération, mais registration subtile et cantilènes bien phrasées. Beauté de cette musique immortelle… Le programme se referme avec six pièces en la de Balbastre, de La Suzanne à La Morisseau, au style pré-classique nettement affirmé (La Malesherbe).

En bis, le musicien se régale de la virtuosité de La Lugeac, en fa, de Balbastre. Puis sonne Le Rappel des oiseaux de Rameau, dont il fait apprécier les harmonies audacieuses, les ornements fins, les échos, l’admirable syle luthé (28 novembre).

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