Philippe Cassard en récital à Paris

Pour donner le coup d’envoi de la saison pianistique de la salle Gaveau, le musicien français avait choisi un programme marqué par le romantisme : seize pièces de Mendelssohn, de Brahms et de Fauré précédaient la dernière sonate de Chopin

Bâti avec art, digne d’Ignaz Friedman, ce programme dense, éminemment vocal, tissait un réseau fin de correspondances : textures, motifs, contrepoint, polyphonie, polyrythmie, humeurs, états d’âme… L’ensemble pointait souvent vers Schumann dont l’absence paradoxale illumina la soirée. Il faut savoir gré à Philippe Cassard d’avoir dit d’abord la tendresse, le lyrisme d’une dizaine de Lieder sans paroles de Mendelssohn, inspirés, spirituels, parfaits de forme et de fond. Sur un Steinway aux basses longues, au medium charnu, ce jeu constamment propulsé vers l’avant révèle aussitôt ses vertus cardinales : sens infaillible de l’agencement organique des pièces, de l’agogique, de la conduite des lignes, refus de l’alanguissement, respect de la scansion, intégrité des cellules rythmiques, maîtrise du style… Rien qui pourtant ne pèse ou ne pose : fluide, le discours est pénétrant, structuré mais non pas cérébral. Eloquent, il s’avère littéraire, pictural, dramatique au besoin, jamais dogmatique ni professoral : bercement du chant du gondolier vénitien op. 62 n° 5, archet souple de l’op. 19 n° 1, agitato du fa dièse mineur op. 19 n° 5… Mouvante, espiègle et vive, La Fileuse fuit la digitalité per se pour dévoiler ses contrechants, un tissu harmonique riche et serré.

Philippe Cassard impose avec vigueur le Capriccio en ré mineur de Brahms, qu’il fait suivre des deux pièces voisines de l’opus 116, puis de la Ballade op. 10 en ré mineur, froide, nordique, inquiétante... Main gauche sûre, précise, puissante. De la passion, du panache, du caractère ! La Rhapsodie en sol mineur semble trop rapide, moins implacable et ancrée qu’elle ne l’exige, mais dans cette optique de cycle son mouvement se justifie.

Après l’entracte, le pianiste peint le visage austère et grave, le poignant combat de la 10e Barcarolle de Fauré, la plus belle que nous ayons entendue : tempo giusto, dessins fermes, déclamation franche. L’Impromptu en fa dièse mineur file avec gaîté, loin du clavier articulé de Marguerite Long… Le Nocturne en si, op. 33 n° 2, tout d’élégance et de charme, trahit sa parenté avec Chopin dont le pianiste empoigne justement la Sonate en si mineur avec autorité. Libéré de la partition (valeur d’un art pour lequel la vision prime le risque), il construit, entrelace les lignes (Allegro maestoso), chante (Largo), ordonne au meilleur sens du terme, s’engage dans le Presto final, densifiant sa substance à chaque retour du thème.

En bis, Philipppe Cassard offre le Clair de lune de la Suite bergamasque de Debussy : pur et plein, simple, orchestral, animé de vagues. Vient la Grande Valse en la bémol de Chopin, aux épisodes contrastés, polyphonique à souhait. Puis le pianiste, rappelé, lance la Valse-minute avec un aplomb, un brio, un chic incomparables. (1er décembre)

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