Le Barbier de Séville au théâtre des Champs-Elysées

Philippe Thanh 10/12/2017
Une nouvelle production de l’opera buffa de Rossini, mise en scène par Laurent Pelly, bénéficie d’une double distribution, chanteurs confirmés d’un côté, jeunes talents de l’autre.

Loin d’une transposition dans l’univers des sixties dont il a souvent été partisan, le metteur en scène, qui signe aussi les décors et les costumes, a pris un parti épuré, quasi abstrait, et empreint de poésie, avec des décors faits de grandes feuilles de papier à musique devant lesquelles et parfois sur lesquelles évoluent les chanteurs. Ainsi au premier acte, Rosina apparaît à sa fenêtre, au milieu d’une page, une portée faisant office de rambarde… La tempesta de l’acte II sera aussi l’occasion d’un joli tableau, avec une pluie de notes tombant des cintres.

Deux distributions donc, chacune avec ses atouts et, de façon plutôt inattendue, celle des jeunes chanteurs produisant un spectacle plus accompli que leurs collègues plus expérimentés. Avec moins d’expérience de la scène, ils se sont probablement montrés plus malléables dans les mains du metteur en scène. Pour cette deuxième représentation, les musiciens du Cercle de l’harmonie se sont montrés plus convaincants que la veille, avec une ouverture enfin en place, davantage de cohésion entre les pupitres, moins de décalages entre la fosse et le plateau (le finale du premier acte !). Pour autant, la fougue du chef Jérémie Rhorer bouscule quelque peu la partition au risque de dérégler la mécanique si précise de l’opera buffa rossinien.

La première distribution était emmenée – et dominée – par Florian Sempey, “le” Figaro du moment, voix ample et technique impeccable. Son air d’entrée lui vaut tous les suffrages même si l’on discerne, au-delà de l’aisance évidente de l’interprète, une tendance à “en faire un peu trop”. Remplaçant Kate Lindsey initialement prévue, Catherine Trottmann peine à incarner Rosina. L’actrice est crédible, la musicienne ne manque pas de style mais le format vocal est bien mince. Le ténor Michele Angelini est un Almaviva, lui aussi peu sonore, mais stylé, à l’aise dans les vocalises, sachant orner et nuancer son chant, y compris dans le redoutable « Cessa di più resistere » (qui lui vaut une longue ovation). Robert Gleadow prête sa grande voix, au vibrato parfois excessif, à Basilio tandis que Bartolo est incarné par le solide mais un peu fruste Peter Kalman (avec une diction toute personnelle de l’italien).

Le lendemain, impression totalement différente avec la seconde distribution, marquée par davantage de cohésion. Si Figaro n’écrase plus ses partenaires, Guillaume Andrieux (qui incarnait un Fiorello presque anodin la veille) se révèle être un remarquable Barbier, acteur inspiré, campant un personnage trouble et complexe. Voix moins imposante que celle de Sempey, il a pour lui une diction et une émission soignées. Alix Le Saux a pour elle un véritable timbre de mezzo, avec de belles couleurs dans le médium et des vocalises faciles. Le ténor gallois Elgan Llyr Thomas est un Almaviva crédible, mais l’air final le trouve un peu fatigué, tandis que les “clés de fa”, Pablo Ruiz en Bartolo et Guilhem Worms en Basilio, sont à la hauteur de leur personnage. (5 et 6 décembre)

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