La Bohème à l’Opéra Bastille

Michèle Worms 11/12/2017
C’était un pari risqué que de présenter La Bohème de Puccini sur l’immense scène de l’Opéra Bastille, où l’on ne pouvait s’attendre à trouver la pauvre chambrette de Rodolfo, ce poète qui vit dans une misère noire. On attendait donc une mise en scène fracassante de Claus Guth. Elle l’est évidemment en dépaysant l’action dans les neiges d’une planète inconnue, le seul rapport avec l’histoire étant qu’on y a très froid.

La première partie nous embarque dans un vaisseau spatial qui semble en grand danger. Rodolfo est un cosmonaute qui évoque le souvenir de Mimi, son amour de jeunesse, et elle apparaît, comme en rêve, jeune femme en robe rouge, hiératique, une bougie à la main. Même si l’action est parfois bousculée, cette conception ne gêne pas l’écoute et laisse s’épanouir heureusement la musique et les airs des deux protagonistes.

La deuxième partie est franchement décevante. Le rideau s’ouvre sur la planète où s’est posé le vaisseau spatial et un cosmonaute, dans son scaphandre lourdement chargé, évolue dans un désert de neige et de glace (rires et lazzi dans la salle).

L’intention si belle au départ devient lourde. La scène du café Momu s’encombre de chœurs, d’enfants et de figurants, jongleurs ou acrobates, uniformément vêtus de noir. Un mime se promène dans tous les sens, les chanteurs (qui ont des sosies pour tout compliquer) font le contraire de ce qu’ils chantent. Le visage de Mimi mourante apparaît dans les fentes d’un rideau composé de lames scintillantes et Rodolfo ne se débarrassera enfin de son casque blanc que pour s’effondrer auprès d’elle dans la neige. Mais on reste froid !

Malgré sa grande voix, Sonya Yoncheva (Mimi) a semblé en méforme, timbre un peu métallique, dénué de douceur et de tendresse, mais peut-être était-ce intentionnel de la part du metteur en scène ? Atalla Ayan (Rodolfo) a, lui, la belle voix ensoleillée et expressive du rôle. Et Aida Garifullina est aussi brillante chanteuse que comédienne dans le rôle de Musette, qui est le seul à ne pas être détourné par la mise en scène.

Le meilleur de la soirée revient à l’Orchestre dirigé par Gustavo Dudamel, dont on admire l’équilibre, la finesse, les couleurs et les nuances. (1er décembre)

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