Anne Sofie von Otter à Bordeaux

Emmanuel Andrieu 19/12/2017

Accompagnée de Jean Rondeau au clavecin et de Thomas Dunford à l’archiluth, la mezzo-soprano suédoise Anne Sofie von Otter a offert au public du Grand-Théâtre de Bordeaux un programme des 17e et 18e siècles français et anglais, mais pas que…

Le concert débute avec Music for a while de Purcell, compositeur qui aura jalonné toute la carrière de la mezzo, depuis plus de trente ans. Si le timbre a perdu un peu de sa pulpe, l’artiste ne parvient pas moins à envelopper l’auditeur d’un certain sortilège. Pédagogue – toujours avec humour -, elle prendra un peu de temps avant chaque nouvelle pièce pour éclairer le public ou simplement livrer une anecdote liée à l’œuvre. Ainsi de "Mad Bess", air du même Purcell tiré des Mad songs, un recueil de chants contant l’histoire de femmes ayant sombrées dans la folie par désespoir amoureux (bien avant Lucia et Elvira !).

L’air de Michel Lambert ("Bergère tendre et fidèle") auquel fait écho celui de Georges Bataille ("Bergère non légère") est livré avec beaucoup de malice dans l’attitude et les regards, mais hélas la voix ne possède plus tout à fait la fraîcheur adéquate pour rendre pleinement justice à ces pages qui vantent les amours pastorales. L’accompagnement musical des brillants Jean Rondeau (toujours aussi joliment hirsute) et Thomas Dunford (d’une élégance toute aristocratique) offre un écrin de luxe à la voix de von Otter, et les moments les plus excitants de la soirée naîtront de leurs duos, tels "Les Sauvages" extraits des fameuses Indes galantes de Rameau, ou encore les deux Suites d’Antoine Forqueray : les deux jeunes hommes se jouent de cette musique diabolique, soulignant avec feu et passion l’attrait de cette quête de la virtuosité qu’avait entreprise ce compositeur trop méconnu du 18e français.

Le programme de salle ne citait, pour la seconde partie de soirée, que le déchirant "My heart´s in the highlands" de Arvo Pärt (né en 1935), mais glissait un "Autres surprises annoncées sur scène…". Et c’est de fait dans une toute autre dimension que les trois artistes font plonger l’auditoire avec des arrangements de musique de Bjork ("Cover me"), Sting ("Fields of gold"), Kate Bush ("Bertie") ou encore Paul Simon ("Kathy’s song") ! Contre toute attente, le public adhère d’emblée à ce virage inattendu, esquissant même des frappements de main (étouffés), et autres déhanchements incontrôlables ! Guindé le public de Bordeaux ?... (10 décembre)

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Mots clés :
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous