La Cenerentola de Rossini à Lyon

Emmanuel Andrieu 02/01/2018
Poétique, pleine de fantaisie, jubilatoire, tels sont les qualificatifs qui viennent à l’esprit au sortir de cette Cenerentola particulièrement réussie, une co-production avec l’Opéra d’Oslo, signée par le trublion norvégien Stefan Herheim, qui avait déjà signé in loco une Rusalka très controversée.

Au lever du rideau, on voit Angelina pousser son chariot de femme de ménage (des temps modernes) tandis que descend des cintres, sur un nuage, Don Magnifico grimé en Rossini. De sa plume magique, il fait naître l’histoire qui va se dérouler sous nos yeux, avec force trouvailles visuelles, parfois obtenues grâce aux étonnantes vidéos de la compagnie fettFilm. Mais tout ceci serait de peu de prix si Herheim n’était un des rares metteurs en scène à respecter strictement le temps musical. Les mouvements de chacun semblent naître de la musique avec une précision diabolique, et dans les airs, les phrases peuvent se déployer librement, les gags détournant rarement l’attention. Car Herheim a bien compris l’essence douce-amère de ce dramma giocoso. Et le final sera plus amer que doux : Cendrillon se voit dépossédée de sa magnifique robe et retrouve sa condition de technicienne de surface. Tout ceci n’était qu’un rêve…

Cette conception est servie par une distribution vocale sans faille, dans laquelle brille – par sa fraîcheur et son enthousiasme – la mezzo québécoise Michèle Losier, au timbre rond et cuivré, vocalisant avec assurance, ce qui nous vaut un très réussi rondo final. Après son superbe Belmonte in loco la saison passée, le jeune ténor français Cyrille Dubois s’affirme déjà comme un chanteur rossinien émérite par l’aisance confondante dont il fait preuve dans les zones stratosphériques de la tessiture de son personnage : la sûreté de ses aigus et son autorité en scène en font indubitablement un des meilleurs don Ramiro du moment. De son côté, le baryton italien Simone Alberghini affronte bravement l’impossible tessiture du grand air d’Alidoro et parvient à s’approprier ce morceau de bravoure grâce à d’intelligentes variations dans la reprise. Le chanteur biélorusse Nikolay Borchev possède une voix sonore et bien timbrée et phrase le rôle de Dandini avec un sens mesuré du comique. Mais le vrai triomphateur de la soirée reste le vétéran italien Renato Girolami dans le rôle de Don Magnifico : le style, la plénitude du timbre, l’aisance dans le chant sillabato, la concentration et la vis comica renvoient directement aux meilleurs titulaires du passé. Il forme un trio de haute volée avec ses deux filles hystériques, Clara Meloni en Clorinda et Katherine Aitken en Tisbe, qui déclenchent souvent l’hilarité.

Il convient, enfin, de saluer la direction incisive du chef italien Stefano Montanari – grand habitué des lieux – qui s’attache à ciseler tous les contrastes, des nuances les plus délicates aux déchaînements les plus ébouriffants. Il parvient à insuffler à l’Orchestre de l’Opéra national de Lyon une verve toute rossinienne, et nous aurons un dernier mot pour souligner l’excellente prestation du chœur d’homme de la maison lyonnaise, qui mérite bel et bien son titre d’ « Opéra de l’année 2017 » ! (26 décembre)

 

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