Découvertes pour les cordes

Alain Pâris 10/01/2018
Sortez des sentiers battus, tel est peut-être le message des éditeurs aux instrumentistes à cordes en ce début d’année. Découvertes, exhumations. A vos archets !
En cette année anniversaire du centenaire de la mort de Debussy, Schott publie un Nocturne pour violon et piano reconstitué par Robert Orledge d’après des esquisses dont la dernière a été retrouvée en 2006. On sait que les Trois Nocturnes pour orchestre devaient être, à initialement, des pièces pour violon et orchestre destinées à Eugène Ysaÿe. Ce projet, dont l’origine remonte à 1892 avec trois Scènes au crépuscule, n’a jamais vu le jour sous cette forme. En associant l’esquisse récemment découverte à celles qui étaient conservées à la BNF, Orledge a reconstitué un mouvement sans avoir à ajouter le moindre développement, lequel serait contraire à la démarche debussyste. La succession des cinq motifs fonctionne très bien. On doit à Orledge une orchestration de cette pièce, créée par Isabelle Faust à Amsterdam en 2011.

Saint-Saëns avait légué à la postérité deux sonates pour violoncelle et piano. Mais, grâce à la perspicacité d’Yves Gérard (qui a établi le catalogue des œuvres de l’auteur du Carnaval des animaux), une troisième sonate, en ré majeur, a refait surface en 1996. Ecrite pendant la Première Guerre mondiale, elle était destinée au violoncelliste Pierre Destombes. A la mort de ce dernier, en 1917, Saint-Saëns ne l’avait pas terminée.
Le manuscrit qui a servi de base à cette édition s’arrête subitement avant la fin du deuxième mouvement. Pourtant, dans une lettre de 1919, Saint-Saëns en raconte la création par le violoncelliste Joseph Hollman et mentionne quatre mouvements. Denis Herlin, à qui l’on doit cette première publication chez Bärenreiter (dans le cadre de la nouvelle édition des œuvres instrumentales de Saint-Saëns), n’a pas cherché à lui donner une fin. C’est plus qu’une curiosité. Le violoncelle chante dans tous ses registres sur une écriture limpide, rigoureuse et aux rythmes puissants qui donnent à cette musique une force qui ne cesse de surprendre.

Autre œuvre publiée pour la première fois, Sarabanda pour violon et piano, composée en 1897 par un Respighi alors âgé de 18 ans (Schott). Un an plus tard, le musicien l’insérait dans sa Suite per pianoforte en la transposant d’un ton vers le bas. Et le thème qui constitue son ossature réapparaît en 1920 dans un ballet, Le astuzie di Colombina. Autant dire que Respighi lui accordait quelque importance.

En 2013, Anne-Sophie Mutter créait une pièce pour violon seul que Penderecki avait écrite pour elle, La Follia. Sur un thème apparenté à celui qui a inspiré les baroques italiens puis Liszt, Rachmaninov et bien d’autres, le compositeur polonais développe neuf variations qui sont autant de défis pour l’instrumentiste, pas seulement en matière de virtuosité, puisqu’elles réclament aussi un sens de la construction et du chant polyphonique à la manière de Bach (Schott).

La musique pour violon et piano de Janacek se limite à une sonate et deux petites pièces de jeunesse, Romance et Dumka, réunies en un même volume dans le cadre de la nouvelle édition Urtext que publie Bärenreiter. Des trois états successifs qu’a connus la sonate, la dernière version a été naturellement retenue, mais en y ajoutant l’allegro qui servit un temps de finale avant que son matériel thématique ne soit utilisé dans le troisième mouvement de la version définitive : un rapprochement passionnant qui illustre fort bien la genèse de l’œuvre.

Les contrebassistes connaissent Frantisek Hertl (1906-1973), grand virtuose de leur instrument, également compositeur. On doit à ce musicien tchèque une belle Sonate pour contrebasse et piano dont Bärenreiter propose une nouvelle édition réalisée par Jan Balcar, un de ses disciples. Hertl y apporte la preuve que cet instrument a des qualités mélodiques insoupçonnées, tout en sachant s’ébattre dans un univers rythmique des plus brillants avec une virtuosité consommée.

En 1810, Weber composait à la demande de son éditeur André une série de Six sonates progressives pour violon et piano destinées à des amateurs de différents niveaux. Mais elles furent refusées et finalement éditées par Simrock. Schott en propose, en deux volumes séparés, un Urtext tiré de son édition intégrale des œuvres de Weber en cours de publication. Le pianiste y a souvent le beau rôle avec des références aux musiques populaires des principaux pays d’Europe. A ne pas négliger et surtout à ne pas considérer avec dédain.

L’Elégie pour alto et piano op. 30 de Vieuxtemps a été écrite pendant le séjour du grand violoniste belge à Saint-Pétersbourg. Cette pièce, qui baigne dans l’atmosphère locale, était une sorte de bis obligé qui permettait à Vieuxtemps de briller au violon et à l’alto dans la même soirée. Edition Urtext de Peter Jost chez Henle. Le même éditeur publie un Urtext du Salut d’amour pour violon et piano d’Elgar.
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