Un piano à 102 touches pour enregistrer Beethoven

Suzanne Gervais 07/02/2018
Le pianiste David Bismuth a réalisé le tout premier enregistrement sur l’instrument à 102 touches du facteur Stephen Paulello : un disque intitulé “Beethoven et ses maîtres” (AmeSon).
Pourquoi avoir décidé d’enregistrer sur cet instrument ?
J’ai à cœur d’apporter une couleur sonore différente à chacun des répertoires que j’enregistre. Dès les premières notes, j’ai été séduit par ce nouveau piano qui comporte 14 touches de plus que les pianos traditionnels : sa richesse harmonique, la longueur de son… J’ai eu envie d’apporter une touche de nouveauté à un répertoire aussi inscrit dans l’inconscient des mélomanes que le sont les œuvres de Beethoven. Le fait d’ajouter des notes à un piano, c’est symbolique. Cela enrichit considérablement le timbre et va sans doute encourager les compositeurs…
Qu’apporte-t-il à votre interprétation ?
Sa résonance est vraiment atypique. C’est un piano à cordes parallèles, ce qui ne s’était pas fait depuis un siècle. Les registres sont donc très définis et d’une clarté étonnante, comme dans un orchestre : idéal pour jouer Beethoven ! Le piano Paulello donne un nouvel éclat à ce répertoire bien connu des mélomanes. Le champ des possibles est grand ouvert.
Il est rare qu’un pianiste collabore avec un facteur d’instrument…
Le piano était déjà construit quand je suis arrivé, mais j’ai enregistré sur le seul modèle existant. Je trouve passionnant, aujourd’hui, de pouvoir jouer sur un instrument avec son créateur juste à côté. Les interprètes doivent avoir à cœur de faire évoluer la facture instrumentale. Un peu à l’image de ce qui se faisait à l’époque de Beethoven, qui était lui-même rarement satisfait des instruments qu’on lui proposait. Facture instrumentale et interprétation sont en fait intimement liées. J’aimerais pouvoir tester ce piano en concert, devant un public.
Votre démarche va à rebours de la tendance actuelle : jouer sur instruments d’époque…
Les interprètes ont longtemps joué sur des pianos qui venaient d’être fabriqués. C’était le cas de Beethoven, qui composait ses œuvres sur des pianoforte fraîchement mis au point. Il était ouvert aux nouveautés et travaillait de concert avec les facteurs. Son imaginaire était sollicité par les nouvelles technologies de l’époque. La facture de piano évolue encore au 21e siècle… une aubaine pour les pianistes. Je travaille parfois sur instruments anciens pour me faire une idée de ce que les compositeurs entendaient.

Le piano Paulello inspire les pianistes : après David Bismuth, c’est au tour de Cyril Huvé d’enregistrer Liszt, Schubert, Debussy et Scriabine (Evidence Classics) sur l’instrument à 102 touches.
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