Le quatuor à cordes, un enjeu de programmation

Suzanne Gervais 27/02/2018
Des heures d’attente pour assister à la “Nuit du quatuor”, des salles combles pour les biennales de Paris et d’Amsterdam… Le quatuor à cordes semble avoir le vent en poupe. La situation est pourtant paradoxale, entre une offre qui explose et une demande en demi-teintes.
Le quatuor à cordes a longtemps été considéré comme l’apanage d’une communauté d’initiés. Une présomption d’élitisme qui s’explique notamment par le fait que la plupart des concerts de musique de chambre ont longtemps été organisés par des associations privées, crées par des amateurs de quatuor. Depuis trente ans, la situation connaît une nette évolution. Une révolution en marche ?

Une diversification de l’offre

Le paysage du quatuor a considérablement changé avec l’émergence, ces vingt dernières années, de nombreuses formations de premier plan. Cocorico ! Les premiers prix des dernières éditions des trois grands concours de quatuors ont été raflés par des Français : les Van Kuijk au Wigmore Hall de Londres, les Arod à l’ARD de Munich et les Akilone à Bordeaux. « L’éclosion de quatuors en France est phénoménale, constate Franck Chevalier, altiste du quatuor Diotima. Pour beaucoup d’étudiants au conservatoire, le quatuor est une belle alternative à une carrière de soliste ou de musicien d’orchestre. » Cela n’a pas toujours été le cas. Lorsque Guillaume Sutre, ancien premier violon du quatuor Ysaÿe, est arrivé au Conservatoire de Paris, les quartettistes étaient rares : « On entendait beaucoup de professeurs dire “Untel n’a pas beaucoup de technique… il pourrait faire du quatuor” ! Heureusement, c’est du passé : pour la jeune génération, c’est un choix artistique exigeant, pas une voie de garage ». La création de ProQuartet en 1987 a précédé l’ouverture de la classe du quatuor Ysaÿe au CRR de Paris, à la fin des années 1990. « Nous avons invité des grands maîtres, qui n’étaient pas présents en France, à transmettre le répertoire du quatuor à cordes, raconte Pierre Korzilius, directeur de ProQuartet. De nombreux jeunes quatuors ont eu les moyens de se former. » Lydia Shelley, violoncelliste du quatuor Voce, ajoute une explication très pragmatique à cette bonne santé des quatuors français : « Si tant de quatuors marchent bien en France, c’est aussi grâce au régime de l’intermittence du spectacle, qui leur permet de vivre de leur art. J’ai commencé ma carrière en Grande-Bretagne où il est bien plus difficile de vivre du quatuor ! »

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