Olivier Korber, le pianiste-économiste

Le musicien, qui vient de sortir son premier enregistrement, est à la fois spécialiste de Chopin et du marché des taux de changes.

Olivier Korber nous donne rendez-vous pendant sa pause ­déjeuner dans une brasserie de l’avenue de Wagram à Paris, non loin de son bureau à la Défense. Le pianiste travaille depuis 2007 à la Société Générale. Spécialiste du marché des taux de changes pour une importante clientèle institutionnelle, il partage (de plus en plus) son temps avec le piano. Un paradoxe assumé : « J’ai été artiste avant d’être dans le monde de la finance. » Olivier Korber commence le piano à 8 ans. Il intègre le CRR de Paris à 14 ans et y reste cinq années. Son professeur, Billy Eidi, lui a « tout appris. J’étais un jeune chien fou, je jouais des morceaux très compliqués, il est le seul à avoir réussi à m’encadrer tout en me préservant. » En classe de première, il tente le Conservatoire de Paris. Il n’est pas sélectionné au concours d’entrée, « la chance de ma vie ». Il précise : « Si j’y étais entré, j’aurais eu des choix cornéliens à faire. Que choisir entre le piano et des études générales ? » Avec d’excellents résultats scolaires, il est admis en prépa HEC au lycée Henri-IV, mais choisit la fac afin d’avoir du temps pour le piano. Il entre à Dauphine, où il est maintenant (aussi) professeur pour des étudiants en magistère de finance.

Ecole russe

En 2003, à 19 ans, il arrête « sérieusement » le piano, « mais j’ai toujours joué pour moi ». Pourquoi ? « Pour des raisons personnelles et parce que je n’avais aucune idée de ce que je pourrais faire une fois le conservatoire terminé. » Il attendra treize ans avant de reprendre les cours. Ce sera avec la grande professeure russe Rena Shereshevskaya : « Elle a toujours une solution qui me correspond à 2000 % ! J’aime cette école russe où il faut jouer avec son corps, ouvrir la sonorité… »
En 2016, il se prépare seul pour le concours international des Grands Amateurs de piano à Paris. Il interprète les 12 Etudes op. 25 de Chopin dont il aime tant « la progression qui s’y cache, le continuum sonore. L’opus 25 transcende l’étude plus que le piano. » Il obtient le premier prix, le prix de la presse et celui du public. Il ne reçoit aucun conseil (« sauf une fois, ceux de Vanessa Wagner sur un mouvement de sonate de Beethoven lors d’une classe de maître »). Le jury se demande d’où sort ce candidat. François-René Duchable, alors un des membres du jury, raconte avoir été « très impressionné par sa technique, sa présence sur scène et la beauté de son phrasé. Olivier Korber est un chopinien authentique ! » François-René Duchable avoue : « J’admire profondément la démarche des amateurs. On est à genoux devant ces pianistes qui pourraient nous concurrencer ! » Il encourage le pianiste à graver cet op. 25. Le festival 1001 Notes en Limousin a fait paraître ce disque le 9 février sous le titre “Double Jeu”. A son écoute, François-René Duchable retrouve « la grande finesse que j’ai entendue au concours en 2016, mais là, son jeu est plus romanesque, plus rubato. Il a choisi des œuvres peu jouées et difficiles, c’est courageux ! » Ce premier album est à l’image du pianiste, perfectionniste « à un point extrême ». Il n’aime pas déléguer « j’ai tout décidé, le lieu (la Ferme de Villefavard), le piano (Steinway), l’ingénieur du son (Hugues Deschaux), le programme, et j’ai même écrit le livret ! »

Respirer différents univers

Son temps pour le piano est rare, précieux. Olivier Korber joue quatre heures par semaine dans les studios de musique mis à disposition par la Société Générale, soit un quart de sa « dose hebdomadaire ». Pragmatique, il faut que son temps musical soit rentable : « Quand je me mets au piano trente minutes, je veux être meilleur trente minutes après. » On imagine qu’il a la même exigence pour ses articles et ses cours. Comment peut-on être artiste et tout vouloir contrôler ? Cela lui semble naturel et l’excellent niveau qu’il a atteint dans ses deux disciplines le prouve. « Je pourrais être trader, mais je n’en ai pas l’envie, car cela m’absorberait trop. » Etre pianiste professionnel est selon lui « une attitude jusqu’au-boutiste, prendre au sérieux chaque note. » Il réfléchit à ce que serait sa vie si la musique était son seul métier : « Il est presque certain que je développerais une autre activité avec intensité. J’ai besoin de respirer différents univers. » Le 8 mars à Paris, il donnait son premier concert avec orchestre, l’ensemble Les Déconcertants. « Un rêve ! » Devant un public conquis, ils ont joué le virtuose Concerto n° 3 de Rachmaninov.

La composition

Que pensent ses collègues du monde de la finance de cette double carrière ? Il hausse les épaules en souriant : « Certains sont surpris de m’entendre, mais quand je suis pianiste, je joue mon programme et j’oublie qui est dans le public. »
Cette situation a selon lui « des avantages et des inconvénients. Je suis heureux d’attirer la lumière parce que je suis pianiste-­économiste. Mais j’ai tellement hâte d’être écouté à l’aveugle ! »
Le travail et l’envie de progresser guident Olivier Korber, aussi bien dans la finance qu’au piano. « Je n’aime pas le vide. » Son remède ? La composition. Il la pratique discrètement depuis son adolescence, mais en janvier, le pianiste Lucas Debargue lui ouvre les yeux lors d’un dîner : « Cette discussion m’a désinhibé, il m’a encouragé à composer de nouveau. Cet été, je jouerai ma dernière composition lors de mes récitals dans trois festivals. » Une troisième vie.

Chaque portrait est accompagné d’une illustration choisie par l’invité :
Manuscrit de Crépitements pour piano solo, dernière composition d’Olivier Korber (2018).

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

1€

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Mots clés :
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous