Bruno Julliard : «La Philharmonie va être l’avocate de l’Orchestre de Paris»

Antoine Pecqueur 08/05/2018
Dans un entretien exclusif à La Lettre du Musicien, le premier adjoint à la maire de Paris, chargé de la culture, revient sur les deux dossiers chauds de la politique musicale de la capitale : les prochaines mesures de la réforme des conservatoires et la fusion Philharmonie-Orchestre de Paris.
Fin avril a été lancé le processus d’intégration
de l’Orchestre de Paris au sein de la Philharmonie. Comment êtes-vous arrivé à cette décision ?
A la ville de Paris, nous défendions depuis longtemps l’idée d’un rapprochement entre la Philharmonie et l’Orchestre de Paris, qui nous a toujours semblé tomber sous le sens. L’Etat était quant à lui plus réticent, faisant écho aux préoccupations des musiciens de l’Orchestre qui craignaient de se retrouver noyés dans la programmation de la Philharmonie. Mais le ­projet de fusion est récemment revenu au centre des débats, en raison aussi des quelques difficultés rencontrées par l’Orchestre de Paris. Je pense notamment au départ du directeur musical Daniel Harding et à la baisse de fréquentation du public de certains concerts… On a pu constater des incohérences en termes de programmation, un manque de fluidité entre ­l’Orchestre et la Philharmonie. Imaginez-vous que sur la brochure de ­l’Orchestre, il n’y avait même pas le logo de la Philharmonie ! Il fallait changer cela.
Mais que peut apporter une fusion ?
La Philharmonie va être un tremplin, un accélérateur pour l’Orchestre de Paris. On doit être bien plus ambitieux pour cette phalange qui a une immense capacité de rayonnement. Je veux rassurer les musiciens : l’Orchestre de Paris ne va pas perdre son identité dans cette fusion. La Philharmonie va être l’avocate de son orchestre. C’est une chance historique. Il ne faut pas que l’Orchestre soit perdu dans la programmation, ni qu’il se retrouve seul maître à bord : il faut inventer une autre voie. C’est tout l’objet de la mission confiée à Laurent Bayle, président de la Philharmonie, sur l’intégration de l’Orchestre au sein de la Philharmonie.
Qui va remplacer Daniel Harding au poste de directeur musical ?
C’est Laurent Bayle qui sera chargé de cette question. Ce qui est sûr, c’est que le futur directeur musical de l’Orchestre ne se trouve pas dans la liste des chefs invités la saison prochaine.
Que va devenir Bruno Hamard, jusqu’alors directeur général de l’Orchestre de Paris ?
Je ne peux répondre à cette question. Je tiens par contre à signaler que le conseil d’administration de l’orchestre a une nouvelle présidente, Francine Mariani-Ducray [énarque, conseillère d’Etat, elle est la présidente du Conseil artistique des musées nationaux, ndlr].
Parlons des conservatoires. Où en est votre réforme des établissements parisiens ?
Avec cette réforme, nous répondons à une double exigence : défendre un enseignement d’excellence et élargir l’accessibilité au plus grand nombre d’élèves. Et nous y arrivons ! Nous augmentons le nombre de places dans les conservatoires. Rien qu’entre 2017 et 2018, 820 places supplémentaires ont été créées. Et sur la période 2014-2020, c’est en tout 3 000 nouvelles places qui seront disponibles. Pour y arriver, nous avons augmenté le nombre de classes et de professeurs. Nous avons recruté 87 personnels supplémentaires, en majorité des professeurs, sur un effectif total de 830 professeurs et 181 personnels administratifs. Nous avons aussi développé les infrastructures : les Halles ont un nouveau conservatoire sous la Canopée, en 2019 va être inauguré le conservatoire du 14e arrondissement et, la même année, les travaux débuteront pour construire un nouvel établissement dans le 18e. Enfin, nous sommes fiers d’annoncer que la ville de Paris va investir 3,5 millions d’euros dans l’achat d’instruments de musique pour les conservatoires et écoles publiques. Il y avait un vrai besoin de renouvellement du parc instrumental.
Avez-vous entendu les critiques émises par les professeurs lors du lancement de votre réforme ?
J’ai sans doute voulu aller trop vite, je le reconnais. On nous a aussi accusés de vouloir développer les cours collectifs pour augmenter le nombre d’élèves et faire baisser le niveau. Or je tiens à le rappeler : ces cours viennent en complément des cours individuels et se font sur la base du volontariat des directeurs. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de crainte. Les résultats dans les filières collectives sont aussi bons que dans les filières individuelles. Nous n’avons rien fait dans un but idéologique. Cette réforme a été mise en place avec des pédagogues. Nous pouvons ainsi mieux aider les enfants qui participent au cursus Démos à intégrer ensuite un conservatoire, ce qui est un vrai enjeu. Autre aspect important de la réforme et qui a pu être controversé : le développement des filières mixtes, faisant le lien entre la musique classique et d’autres disciplines. Mais c’est une réussite, par exemple le cursus pour devenir compositeur pour jeux vidéo, proposé au conservatoire du Centre, en partenariat avec le Forum des images. Il faut multiplier les passerelles, comme le fait le conservatoire du 11e arrondissement avec les musiques actuelles.
Arrivez-vous à ouvrir les conservatoires à des classes sociales moins favorisées ?
Notre but est de faire découvrir l’enseignement de la musique au plus grand nombre d’enfants. Grâce à nos ateliers d’éveil, nous touchons 17 000 élèves de CP, ce qui représentent 85 % des élèves de CP à Paris. Mon but est d’en toucher 100 %. Ces ateliers sont proposés soit par des professeurs de conservatoire, soit par des professeurs de la ville de Paris. Car Paris, je le rappelle, est la seule collectivité qui a des professeurs pour l’enseignement de la musique en école primaire. Il faudra ensuite voir si ces enfants iront s’inscrire au conservatoire ; nous attendons avec impatience les premiers retours. Reste un risque, celui d’augmenter le nombre de candidats sans pouvoir accueillir tout le monde. Il faut pour cela multiplier les partenariats entre les conservatoires et les autres acteurs locaux, comme les associations, les écoles de musique… Nous devons proposer aux élèves et à leurs parents la plus grande palette d’offres possibles pour apprendre la musique.
Et quid du tirage au sort pour recruter les élèves ?
Je me donne pour but de supprimer le tirage au sort en 2020 et de permettre à toutes et à tous d’avoir une place en conservatoire. Le tirage au sort n’était qu’une mesure transitoire.
Comment lutter contre le harcèlement, après les cas récents dans des établissements parisiens ?
Il n’y a pas de tabou : nous abordons cette question avec les directeurs d’établissements. Mais je n’ai pas été satisfait de la manière dont le problème avait été soulevé [dans un rapport de l’inspection générale de la ville de Paris, intitulé Mission de prévention, de signalement et de traitement des risques d’infraction sexuelle sur des mineurs par des agents de la Ville et du département, voir LM 479, ndlr]. Les cas de harcèlement sont bien sûr inacceptables mais il ne faut pas remettre en cause de manière générale le corps professoral. Nous avons mis en place un certain nombre de règles, avec des processus d’alerte en cas de suspicion. La prévention est un sujet central. Mais je crois qu’il faut dépassionner le débat. Il y a eu des dérives majeures, mais aussi des sanctions excessives.
Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous