Rémi Cassaigne, luthiste et traducteur

Joueur de luth et traducteur de polars suédois, Rémi Cassaigne mêle dans son parcours écriture, musique et voyage.
Chez Rémi Cassaigne, les instruments baroques ne jonchent pas seulement les marches de l’escalier. Suspendus aux murs, entassés dans des caisses ou rangés dans des étuis colorés, mandolines, luths, guitares et théorbes sont partout. « Je ne saurais même pas dire combien je possède d’instruments », confie le musicien en balayant son atelier d’un regard. Situé au dernier étage d’un immeuble du 13e arrondissement de Paris, au-dessus du duplex qu’il habite, cet espace est dédié à la pratique artistique. « C’est un lieu qui réunit mes deux activités. Là, mon bureau pour l’écriture et les traductions, et ici l’espace pour la musique. » Depuis peu, la pièce sert aussi de salle de répétition au Baroque nomade, un ensemble que le luthiste dirige aux côtés de Jean-Christophe Frisch, Mathieu Dupouy et Andreas Linos.

Un premier luth acheté grâce à Normal Sup’

C’est au collège que débute l’aventure de ce Tourangeau né en 1971. A côté des classiques séances de chorale et d’éveil musical, le travail du bois intéresse Rémi Cassaigne, en particulier celui des instruments à cordes. Un jour, il présente l’une de ses créations à sa professeure de musique. Intriguée, elle lui suggère d’essayer la guitare. Elle lui prête un instrument et l’aide à trouver une formation.
En parallèle de son cursus musical, Rémi Cassaigne s’intéresse à la littérature. Après de brillantes études en classes préparatoires littéraires, direction l’Ecole normale supérieure (ENS), rue d’Ulm. « Avec mon premier salaire de l’ENS je me suis offert mon premier luth. Je m’en souviens très bien, c’était en septembre 1992. Je n’en avais jamais joué auparavant ! » Coup du hasard, à la même époque le conservatoire de Tours ouvre son département de musique ancienne. L’étudiant se présente à Pascale Bocquet, « grande prêtresse du luth en France », et intègre sa classe. Commence alors un va-et-vient régulier entre Paris et Tours.
En 1993, l’ENS le place sur la route des pays scandinaves. Pendant un an, le jeune normalien occupe un poste de lecteur de français à Stockholm. Il y rencontre des luthistes comme Jakob Lindberg, qui sera son professeur. Et, bien qu’appris sur le tas, le suédois lui devient bientôt une langue familière.

Traduire dans le train entre deux concerts

Auteur de deux romans imprégnés de culture nordique (où l’on croise sans surprise des luthistes voyageurs), Transport (2002) et Comme si elle était morte (2004), Rémi Cassaigne se lance ensuite dans la traduction grâce à son éditrice chez Denoël qui le met en relation avec le Seuil. « Peu à peu, cela a pris le relais de l’écriture. C’est un travail créatif, mais guidé par l’inspiration d’un autre. J’aime traduire des polars car ce n’est pas du tout le genre d’ouvrage que j’écrirais. »
En ce moment, Rémi Cassaigne travaille sur trois textes. Pour jongler avec ses multiples activités, il a trouvé l’astuce : « Je passe beaucoup de temps dans les trains et les hôtels lorsque je pars donner des concerts à l’extérieur de Paris. C’est là que je traduis les livres ! »
Jean-Christophe Frisch, directeur artistique du Baroque nomade, connaît le luthiste depuis une quinzaine d’années. « J’apprécie beaucoup le fait que Rémi soit à la fois un musicien et un intellectuel. Quelqu’un qui sait réfléchir, qui a une grande culture et qui a des idées est un véritable atout pour la réflexion collective. Par exemple, l’un de nos programmes était consacré au frère aîné de Bach, impliqué dans la guerre entre les Suédois et les Russes. Rémi maîtrisait ce sujet, mis en scène dans l’un de ses romans. Il nous l’a raconté et cela a donné un cadre vivant aux musiciens. »

Superposer les casquettes

Rémi Cassaigne collabore avec d’autres ensembles comme Jacques-Moderne à Tours, Le Concert d’Astrée, Consonance ou Céladon. Plus les années passent et plus les deux fils de sa carrière tendent à se nouer. « J’essaie parfois de superposer mes casquettes. Par exemple l’an dernier, nous avons monté deux programmes de mélodies scandinaves pour guitare romantique et voix avec la soprano Françoise Masset. » Par ailleurs, Rémi Cassaigne a joué avec Le Concert d’Astrée dans un oratorio de Haendel, invité par l’Orchestre symphonique de la Radio suédoise. Comme il était le seul membre de l’ensemble à parler suédois, c’est lui qui a répondu aux questions des journalistes à la fin du concert. « C’est dans ces moments-là que je me dis qu’il y a une cohérence entre mes différentes vies. »
Les derniers rayons du jour inondent l’atelier. Rare moment de répit pour Rémi Cassaigne qui se rend le soir même à Arras, où il donnera un concert aux côtés de sa complice, Françoise Masset.

Chaque portrait est accompagné d’une illustration choisie par l’invité :

Chat, luth et papillon font bon ménage. (DR)

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