Simon Milone : «Le musicien de demain est entrepreneur»

Suzanne Gervais 27/06/2018
Le violoniste est directeur artistique des Rencontres musicales du Malzieu, qui ont lieu en Lozère chaque mois d’août depuis sept ans.
Etre interprète et directeur artistique, est-ce un défi ?
C’est un profil que l’on trouve de plus en plus : les musiciens d’aujourd’hui prennent des initiatives, montent leur ensemble, organisent des saisons de concert, un festival. On est au-­delà de notre métier d’interprète, mais le musicien de demain est assurément un musicien de projets, avec un esprit d’entrepreneur. Etant violoniste dans plusieurs formations indépendantes, comme Les Siècles ou l’ensemble Alma Viva, je suis moi-même embauché par des musiciens entrepreneurs. Le monde de la culture a besoin d’artistes qui prennent des risques !
Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées, en créant votre festival ?
Quand on est artiste, on se forme sur le tas pour toutes les questions administratives et économiques. La première fois que j’ai réalisé un budget pour le présenter à la commune de Malzieu-Ville, j’ai dû me faire aider. Il faut très vite se familiariser avec le monde des subventions… et de la politique. Nous ne recevons pas encore de notions de gestion administrative ou économique pendant nos études en conservatoire. Peut-être est-ce une prochaine étape dans les pôles supérieurs, à côté de la médiation culturelle. Pour l’instant, on se renseigne, on tâtonne ! Mais c’est important qu’il y ait quand même une frontière entre la partie artistique et la partie purement administrative. Un directeur artistique doit pouvoir rêver son projet… il ne faut pas voir des chiffres partout.
Quels conseils donneriez-vous à un musicien qui veut lancer son festival ?
Je lui conseillerais de se poser la question : pourquoi créer ce festival dans ce lieu ? Quelle est l’articulation de mon festival avec la commune ? Il pourra plus facilement défendre son projet pendant les réunions avec les élus. Il doit être bien conscient que, durant les quatre premières années de vie du festival, ce n’est absolument pas le projet artistique qui va séduire les politiques, c’est l’articulation de l’événement avec la vie du territoire. Son patrimoine, par exemple : c’est le choix que nous avons fait à Malzieu. Il faut s’accrocher, surtout quand on lance un festival dans une petite commune. Les Rencontres du Malzieu fonctionnent avec 40 000 euros de budget, pour quatre concerts. La mairie nous donne 6 000 euros, la communauté de commune et le département 7 000. Nous avons réussi à trouver presque 16 000 euros de subventions privées. Le reste, ce sont nos recettes propres. Et fidéliser un public, c’est un travail de longue haleine.
Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous