Qu’est-ce que la transdisciplinarité ?

Michèle Worms 01/10/2008
Pianiste concertiste et pédagogue, Chantal Stigliani aime marier les arts. Dans son grand studio parisien, concerts, éveil à la musique, classes de maître, sont mêlés à des expositions de peintres, sculpteurs... et de prestations d’artistes. Nous lui avons demandé de s’expliquer sur ce terme "transdisciplinarité", et de nous parler de l’expérience qu’elle a menée durant deux ans.

La transdisciplinarité est l’art de faire communiquer les différentes disciplines entre elles. De même que la musique de chambre est un dialogue entre plusieurs instrumentistes, la transdisciplinarité poursuit la même démarche, de façon évidemment plus complexe.

Quelle est la différence avec la "multidisplinarité" ?
Quand les arts sont multiples et cohabitent harmonieusement, c’est la multidisciplinarité. De nombreux spectacles d’aujourd’hui sont construits de manière à mettre en présence des comédiens, des musiciens, des plasticiens. Cette variété plaît beaucoup au public.
La transdisciplinarité, par contre, n’est pas une simple juxtaposition. C’est une recherche de dialogue signifiant que le créateur d’une discipline s’implique en profondeur dans une autre et s’enrichit à son approche. Le regard sur les autres arts agrandit le champ d’action en ouvrant de nouveaux horizons.
Les exemples sont innombrables. Je pense, par exemple, à la stimulation provoquée par les rencontres entre artistes au début du siècle dernier : ainsi, l’arrivée des ballets russes a éveillé la curiosité de Picasso, Matisse, Chagall, Stravinsky, Satie, Bakst, Cocteau, et, du coup, il y a eu Petrouchka, le Sacre du Printemps, Parade, œuvres qui ont secoué le public parisien. L’influence des arts plastiques sur Debussy lui a carrément inspiré une nouvelle forme d’écriture musicale. C’est là qu’on réalise l’importance de l’influence des arts des uns sur les autres.

Qu’en est-il de la transdisciplinarité aujourd’hui ?
La création, qu’elle engage les arts plastiques, la musique, l’écriture ou l’expression corporelle, exige une certaine culture. Autrefois, les artistes de différentes disciplines avaient plaisir à se fréquenter, ce qui les stimulait. Aujourd’hui, le monde va plus vite : on peut tout connaître, tout voir sur Internet. Cette consultation rapide, bien que très précieuse, reste plus superficielle qu’une lecture approfondie ou un échange verbal. Au lieu de provoquer des contacts animés ou de monopoliser du temps pour la réflexion, on va plus vite, tout en s’isolant.
Cet isolement est la cause du mal artistique du 21e siècle : trop de spécialisation et d’étiquetage atrophie une liberté créatrice spontanée : l’art se dessèche, perd son humanité, tourne autour de lui-même à la recherche d’une perfection souvent stérile.

Pixis la boussole, un projet transdisciplinaire
Puisque l’isolement tue la fibre créatrice, j’ai eu l’idée de jouer le rôle de rassembleur en réunissant des créateurs très différents. Six jeunes artistes ayant terminé leurs études, en début de carrière, ont été triés sur le volet par des spécialistes ainsi que par un médecin, juge de l’équilibre intérieur de chacun et de ses capacités à l’expérience du collectif :
- un comédien-metteur en scène doué pour l’improvisation ;
- une comédienne très portée sur la poésie et l’écriture ;
- une percussionniste attachée à la musique spontanée, au chant, au folklore, lauréate de plusieurs grands prix internationaux ;
- une pianiste-organiste spécialiste de l’accompagnement du lied ou par la musique du chambre ;
- un photographe, magicien de l’argentique et des créations vidéo et, par ailleurs, docteur en philosophie;
- une scénographe-plasticienne curieuse et imaginative.
Leur caractère commun est d’exceller chacun dans son domaine. Six artistes animés par la même flamme, qui apprennent à travailler ensemble, à s’écouter, se respecter, gagnent une nouvelle sensibilité, structurée et créative. L’élément nouveau par rapport aux salons d’autrefois est que les rencontres sont organisées, régulières, avec un plan de travail prévu sur une base commune, qu’ils vont avoir à interpréter : un vers, une musique, un rouleau de papier Kraft...

Quel est le bilan de cette action ?
L’expérience a eu lieu sur un an et demi. Le bilan est positif, bien au-delà de mes espoirs. En effet, chaque artiste a déclaré qu’il avait encore évolué et progressé dans son propre art au contact du collectif. D’ailleurs, ce groupe ne veut plus se séparer. Ses membres travaillent par deux, trois, cinq ou six, pour le plaisir. Enfin, ils ont décidé de tourner un film, unissant leurs arts comme ils ont appris à le faire, en choisissant pour base commune un sujet d’actualité, où réflexion profonde, interrogations et expression artistique cohabiteront.
Compte tenu de cette expérience, je propose d’ouvrir une classe où cette méthode prenne vie. Car c’est l’artiste lui-même qui sent comment réagir et développer sa propre force en s’inspirant des autres. C’est réalisable partir de 5 ans, quand l’enfant découvre sa sensibilité à travers les arts.
Avis aux amateurs. Et aux mécènes qui souhaiteraient soutenir cette initiative !
Propos recueillis par Michèle Worms

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Mots clés :
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous