Françoise Nyssen : « les femmes restent sous-représentées dans la musique »

Antoine Pecqueur 10/07/2018

En ouverture des Rencontres nationales « Accord Majeur » à Aix-en-Provence, la Ministre de la Culture a détaillé ses propositions pour réduire les inégalités. Elle est aussi revenue sur le rôle du Centre national de la musique et a annoncé la création d’un nouveau projet pour la diffusion de l’art vocal. 

C’est un discours militant qu’a tenu Françoise Nyssen ce matin dans l’auditorium du Conservatoire d’Aix-en-Provence devant 300 professionnels du monde de la musique réunis à l’occasion des Rencontres nationales « Accord Majeur ». Son combat : l’égalité homme-femme dans la culture, et notamment dans la musique. La Ministre a tout d’abord rappelé certaines chiffres « qui nous obligent » : seul 3% des chefs d’orchestres sont des femmes, 9% des compositeurs… Il en est de même à la tête des institutions : « si je salue chaleureusement la nomination de Frédéric Maurin à la tête de l’Orchestre national du jazz, je ne peux que regretter l’absence de femmes dans la short-list finale qui comptait sept sélectionnés », a pointé Françoise Nyssen. 

Après le constat, les propositions. La Ministre veut consacrer un demi-milliard d’euros pour rattraper d’ici 2022 les inégalités salariales au sein du Ministère de la Culture. La parité sera de mise dans les nominations à la tête des établissements publics du ministère, à l’issue du quinquennat, « contre un tiers de femmes aujourd’hui ».  Les structures labellisés devront s’inscrire sur cette voie : « +10% par an, là où les femmes représentent moins d’un quart des dirigeants ».  Et attention, prévient la Ministre, « un système de malus sur les subventions s’appliquera à ceux qui ne respecteraient pas leurs obligations ». 

Comme pour illustrer ses propos, la Ministre a annoncé la labellisation du théâtre Athénor de Saint-Nazaire en Centre national de création musicale, avec à sa tête Brigitte Lallier-Maisonneuve, « qui devient ainsi la première femme à la tête d’un CNCM ». Toujours en matière de création, le soutien à la commande musicale, jusqu’alors conditionné au fait de jouer en France, va désormais être valable pour des œuvres programmées dans le monde entier. Le rayonnement international décidément en première ligne, puisque la Ministre aussi annoncé « vouloir clarifier les aides à l’export », aujourd’hui éclatées entre le Bureau Export, l’Institut français, les services du Ministère… 

La Ministre a aussi profité de sa venue aixoise pour aborder le sujet hautement polémique du Centre national de la musique. Alors que la filière de la musique classique craint d’être absorbée dans une sorte de super CNV (Centre national de la chanson, des variétés et du jazz), Françoise Nyssen a tenu à préciser que « le ministère restera en pilotage exclusif des aides et des politiques publiques pour les musiques classiques. Le CNM assurera la gestion économique pour les musiques actuelles et la musique enregistrée uniquement ». Alors que l’impact de la réforme de la formation professionnelle inquiète les intermittents du spectacle, la Ministre a rappelé qu’elle défendait ce régime social spécifique. En ce qui concerne les auteurs et compositeurs, Françoise Nyssen est revenue sur le vote du Parlement européen, qui a rejeté il y a quelques jours la réforme du droit d’auteur destinée à offrir plus de protection à ces derniers. « Un nouveau débat sera ouvert pour un examen au mois de septembre », note la Ministre qui espère qu’à cette occasion soit enfin affirmée « la responsabilité accrue des plateformes dans la rémunération des créateurs ». Mais on voit mal comment l’Europe pourrait d’ici là changer d’avis…

 

Mission confiée à Laurence Equilbey

 

En matière d’éducation musicale, la Ministre a souligné le doublement des subventions à des structures « tête de pont » dans le développement de la pratique instrumentale et orchestrale, comme Orchestre à l’école, Demos… Avec le Ministère de l’éducation nationale, un plan pour développer l’apprentissage du chant à l’école vise la création d’une chorale par école à l’horizon 2019 et une option chorale facultative de deux heures des la rentrée dans 7000 collèges. Le répertoire de ces chorales sera constitué par Laurence Equilbey. La chef d’Accentus et d’Insula Orchestra va aussi être soutenue par le Ministère dans le lancement d’un nouveau projet en Ile-de-France et en Normandie pour la production et la diffusion de l’art vocal, qui assurera notamment des missions d’éducation artistique et de soutien à la pratique amateure. Laurence Equilbey aura la mission d’accompagner la création de structures analogues sur tout le territoire – ses premières préconisations sont attendues à l’automne. La boucle est donc bouclée, avec le rôle primordial confié à Laurence Equilbey, comme en écho aux problématiques d’égalité homme-femme abordée par Françoise Nyssen au début de son discours – Laurence Equilbey a toujours été très engagée sur ce sujet. 

Reste qu’une autre inégalité n’a pas été abordée par la Ministre : celle, économique, des différences de traitements budgétaires entre les structures, qui ne vont qu’en s’aggravant. Ensembles, orchestres, festivals, tous sont concernés par ce « deux poids, deux mesures » en terme de subventions. Les nouveaux entrants dans le paysage musical vivent désormais un véritable parcours du combattant. Annoncée par Françoise Nyssen il y a quelques jours, la levée du gel sur les crédits à la création n’aura pas permis d’éteindre toutes les inquiétudes, loin de là.

 

Antoine Pecqueur (Aix-en-Provence, envoyé spécial)

 

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