Polémiques estivales autour du Centre National de la Musique

Le projet de création du CNM vient de faire l’objet de débats à La Rochelle et à Paris. Etat des lieux. 

En vue de la remise imminente de leurs conclusions au Premier Ministre sur le projet de Centre National de la Musique, les députés Emilie Cariou et Pascal Bois ont rencontré durant tout le mois de juillet un large panel de représentants du secteur musical : sociétés de répartitions de droits, producteurs phonographiques, producteurs de spectacles, festivals, radios… Le premier défi du centre est de réunir ces institutions qui oeuvrent dans toutes les esthétiques musicales, de la pop au répertoire médiéval, des musiques les plus commerciales à la création subventionnée. Forts de ce travail, Emilie Cariou et Pascal Bois attendent aujourd’hui une réunion interministérielle pour confirmer l’inscription de ce projet dans les débats parlementaires du Projet de Loi de Finances 2019 – étape nécessaire au déploiement de moyens pour faire exister le CNM. 
 
Interrogé en exclusivité par La Lettre du Musicien, Pascal Bois affirme : « Nous avons demandé à l’ensemble des organisations de nous adresser des contributions chiffrées et nous avons travaillé tout le mois de juin sur la base du rapport de Roch-Olivier Maistre (ndlr : paru en novembre 2017), avec les administrations concernées, avant de confronter nos analyses à celles des professionnels, dans le cadre de concertations à Paris et en régions. Nous avons notamment eu des échanges très riches avec les acteurs musicaux dit du champ « subventionné », qui ont affiché une approche très positive et constructive du projet, tout en nous faisant part d’inquiétudes et de réserves tout à fait légitimes. Le CNM a vocation à renforcer les dispositifs de soutien à la musique et ne doit pas fragiliser ceux qui bénéficient à ces acteurs essentiels de la politique publique en matière de musique. Nous avons bien conscience que ces inquiétudes ne pourront pas être levées tant que les modalités de financement et de gouvernance du futur établissement ne seront pas connues. »
 
Les inquiétudes évoquées sont bel et bien d’actualité : hier 26 juillet, onze organisations du champ culturel subventionné unissent leurs voix pour affirmer que « les conditions ne sont pas encore réunies pour emporter notre adhésion » et demander «  une concertation complémentaire (…) afin d’apporter des garanties ». Selon ce communiqué, porté par le syndicat PROFEDIM et dix associations et fédérations de la musique et des arts de la scène, le budget 2019 de la Direction Générale de la Création Artistique, administration centrale des DRAC, serait raboté de 7 millions d’euros. A ce stade, seul le budget consolidé du Ministère a fait l’objet de communication, et rien ne permet de confirmer cette baisse : « Rien n’est stabilisé sur le PLF », entend-on au sein de la DGCA. Mais à l’heure de la rationalisation des politiques publiques se dessine l’inquiétude d’une concurrence entre ce nouveau projet de CNM et les actions existantes menées par les DRAC. Révélé récemment, le rapport du Comité d’Action Publique 2022 qui a pour mission de réviser les politiques publiques, affirmait précisément que le Ministère de la Culture est « l’un des cinq Ministères clés où la grande majorité des missions pourrait être confiée à des opérateurs ». 
 
Dix-huit autres organisations, rassemblant cette fois des acteurs de droit privé des musiques actuelles qui se définissent comme réalisant un travail de proximité, parmi lesquels l’UFISC (Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles), renchérissent sur ce point dans un courrier auquel La Lettre du Musicien a eu accès : « Nous souhaitons en effet, comme nous l’avons exprimé collectivement, vous rappeler encore une fois l’importance d’augmenter la capacité d’intervention du Ministère de la culture corrélativement à la création du futur centre. Il nous semble également nécessaire que les missions portées par le futur établissement soient absolument sécurisées à travers des critères relevant de l’intérêt général. » 
 
Education artistique et culturelle 
 
« Ne pas se saisir de l’éducation artistique et culturelle serait une erreur stratégique et politique », a-t-on entendu lors des concertations estivales. S’agirait-il d’un alibi d’intérêt général pour renforcer le CNM, un projet encore fragile politiquement et qui n’a jamais fait partie des promesses de campagne présidentielle ? Son articulation aux actions de médiation déjà soutenues par le Ministère de la Culture par l’intermédiaire des DRAC n’est pour l’instant pas claire. C’est pourquoi les onze organisations proposent que le CNM s’en tienne à un périmètre d’accompagnement économique de la filière. 
Le rapport de Roch-Olivier Maistre évoquait déjà la formation professionnelle comme un axe de travail possible du futur Centre : en écho à cette proposition, les signataires du communiqué rappellent leur attachement à l’AFDAS, organisation paritaire engagée sur cette mission. La gouvernance de l’outil est également au coeur des débats avec le souci de représenter la diversité d’un secteur particulièrement vaste. Le CNM entend concerner aussi bien les géants de la production de spectacles que les radios locales ou les petits festivals, les producteurs discographiques que les équipes artistiques. 
 
Comment structurer clairement les ambitions d’un tel projet sans menacer l’existant, alors que les dépenses publiques sont si souvent mises en concurrence ? Comment rassembler une telle diversité d’acteurs ? Des questions auxquelles les rapporteurs doivent encore apporter des réponses. « Le travail de concertation se poursuit » concluait Pascal Bois après les rencontres de La Rochelle. Une tâche loin d’être aisée. 

 

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