L’Orchestre national d’Ile-de-France à la page numérique

Suzanne Gervais 28/08/2018

Rentrée immente rime avec équipement flambant neuf. Pour les musiciens de l’Ondif, pas question de cartables, mais d’Ipads et de pédales de tourne de page : la phalange francilienne adopte la partition numérique pour de bon.

« C’est le premier orchestre du monde à s’équiper de façon permanente », se réjouit Fabienne Voisin, directrice générale de l’Ondif. En septembre, l’orchestre va acquérir plus de 100 Ipads Pro, des pédales de tourne de page et tout le service d’accompagnement – formation, assistance, relation avec les éditeurs - proposé par la start-up française Newzik, numéro un de la partition numérique dans le monde de l’orchestre. Une belle opération de communication pour démarrer la saison.

Le soutien de la région Ile-de-France

La révolution numérique opérée par l’Ondif a un coût : 117 000 euros, dont 82 800 euros pour l’acquisition des Ipads. Somme à laquelle il faut ajouter les 800 euros mensuels de licences et services Newzik. L’Orchestre bénéficie pour son passage au digital du soutien de la région Ile-de-France, qui prend en charge la totalité du montant de l’opération. Ce n’est pas un hasard, quand on se souvient que Valérie Pécresse, présidente du Conseil régional, avait déclaré vouloir faire de l’Ile-de-France la « Silicon Valley » de l’Europe. Une dépense que Fabienne Voisin tient à relativiser : « Ce sera, un terme, une économie, notamment en ce qui concerne la location de partitions. » Partitions qui seront désormais acquises en format PDF. L’un des enjeux soulevés par l’essor de la partition numérique est justement la relation aux éditeurs de musique : Newzik travaille actuellement à une plateforme dédiée. Affaire à suivre.

Gain de temps, réactivité et écologie

Pour Fabienne Voisin et les défenseurs de la partition numérique, les atouts sont nombreux : « C’est un gain de temps inestimable en répétition : le chef de pupitre annote la partition et ses indications sont tout de suite reportées sur les partitions des musiciens du rang. La réactivité est décuplée. Fini les tâches répétitives pour le bibliothécaire, qui pourra se consacrer à des choses plus intéressantes que de reporter des coups d’archet… » Fini aussi l’installation de lampes sur chaque pupitre lorsque l’orchestre joue en fosse, ou lors d’un ciné-concert, et plus de déperdition de son à cause des tournes de pages à la main. L’argument brandi par les défenseurs de la partition numérique est également écologique avec une diminution drastique des photocopies. Pour autant, l’argument écologique est à prendre avec précaution : le bilan en énergie d’un orchestre qui utilise ce matériel de manière régulière et à long terme n’est pas encore connu...

Transition poco a poco

Adieu papier ? Les musiciens de l’orchestre passeront à la partition numérique sur une partie seulement des programmes de la saison 2018-2019 : une transition en douceur car, insiste Fabienne Voisin, « pas question de mettre un pistolet sur la tempe des musiciens sceptiques. C’est un changement de taille dans les habitudes de travail et une phase d’adaptation est nécessaire. »  Jusqu’alors, les orchestres les plus téméraires troquaient le papier pour l’écran de façon ponctuelle, comme le Yorkshire Young Sinfonia cet été en Grande-Bretagne ou, du côté des grands orchestres professionnels, l’Orchestre de l’Opéra de Rouen avec le répertoire contemporain ou le Royal Philharmonic de Bruxelles. L’Ondif se positionne ainsi comme le véritable ambassadeur de la partition numérique. Reste à voir si cette initiative inspirera d’autres orchestres.

Réecouter la chronique France Musique de Suzanne Gervais réalisée en partenariat avec La Lettre du Musicien

L’occasion de (re)lire notre dossier consacré aux partitions numériques !

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