Des classes préparatoires bientôt au conservatoire

Suzanne Gervais 31/08/2018

Les lycées avaient leurs classes préparatoires aux grandes écoles, c’est au tour des conservatoires :  au CRR du Grand-Chalon à la rentrée, les élèves qui souhaitent se professionnaliser pourront ainsi préparer les concours des écoles supérieures. Le point sur cette nouveauté avec Robert Llorca, directeur du premier des conservatoires français à ouvrir des classes préparatoires.

D’où vient ce projet de classes préparatoires dans les conservatoires à rayonnement régional ?
C’est la conséquence de la Loi sur la création, l’architecture et le patrimoine du 7 juillet 2016. Il aura fallu attendre deux ans pour que soit publié l’arrêté nous permettant, conservatoires, de demander l’agrément du ministère de la Culture pour ouvrir nos classes préparatoires. Pour que le dossier d’un CRR soit accepté, l’un des prérequis exigé par le ministère est que les professeurs de ces classes soient tous titulaires du Certificat d’Aptitude. Ce dispositif concerne donc les établissements les plus importants. Le CRR de Paris est ainsi le prochain à déposer son dossier. A Chalon, les classes prépa ouvriront d’ici quelques semaines, dans les disciplines instrumentales, mais aussi en direction et en composition. Elles concernent les élèves de fin cycle spécialisé, qui viennent d’obtenir leur DEM ou sont en train de le préparer.

Les CRR, censés former des musiciens amateurs, se tournent donc vers la professionnalisation ?
L’un n’empêche pas l’autre. On trouve deux types d’élèves en cycle spécialisé : ceux pour qui c’est la suite logique de leurs études musicales, mais qui ne veulent pas pour autant se lancer dans la voie professionnelle, et ceux qui souhaitent, au contraire, intégrer un établissement supérieur pour devenir musicien. Les classes préparatoires vont permettre, en fin de cursus, de distinguer ces deux populations d’élèves aux objectifs différents. C’est un sas de deux ans entre le CRR et l’enseignement supérieur. Les musiciens admis en classe prépa obtiennent d’ailleurs le statut d’étudiant. La première promotion – une centaine de musiciens sélectionnés sur examen - va commencer ses cours fin octobre.

Concrètement, en quoi consiste ces classes préparatoires ?
Les étudiants recevront entre 15 et 20 heures de cours par semaine. La préparation aux concours sera personnalisée : il s’agira de déterminer assez vite avec l’élève quelles écoles il souhaite tenter. Pas question de préparer quinze concours d’entrée à la fois. Et la préparation ne sera pas franco centrée. Outre les pôles supérieurs et les deux CNSMD, on constate que les étudiants sont de plus en plus tournés vers l’Europe : hautes écoles de musique suisses, Conservatoire royal de Bruxelles, hochschule allemandes… Il faut cependant éviter de tomber dans le bachotage : nous formons des artistes, pas seulement des musiciens qui ont bachoté une technique pour réussir un concours. Nous sommes établissement pilote et le dispositif doit encore être amélioré. Il faut notamment résoudre la question de la compatibilité avec la préparation du DEM... Pour savoir si ces classes préparatoires ont une vraie efficacité, rendez-vous dans deux ans : on verra, avec la première promotion, si le taux de réussite aux concours est plus élevé.

Une dernière question sur un tout autre sujet : l’hebdomadaire L’Obs vient de publier une enquête sur les agressions sexuelles au conservatoire et l’omerta qui règne sur la question. Quelle est votre réaction ?
Je suis à la tête du CRR du Grand Chalon depuis dix ans et j’ai dirigé le Syndicat des directeurs de conservatoire pendant plusieurs années : les cas de professeurs prédateurs sont isolés. Il faut évidemment en parler, faire le ménage dans les établissements et, surtout, que la justice s’empare de ces affaires, mais de là à dire que les cas de harcèlement ou d’agression sexuelle sont consubstantiels au système des conservatoires… Pour autant, il faut sans cesse être vigilant, surtout quand on dirige un établissement avec une centaine de pédagogues. L’enseignement d’un instrument implique une relation de proximité, voire d’autorité, avec les jeunes. Dans mon établissement, nous passons beaucoup de temps à discuter du rapport aux élèves avec les professeurs. La question de l’intégrité physique est essentielle.

 Propos recueillis par Suzanne Gervais

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