Bruno Messina : « Berlioz aurait toute sa place au Panthéon »

Antoine Pecqueur 06/09/2018
L’été a été bien rempli pour Bruno Messina. Le directeur du festival Berlioz de La Côte-Saint-André s’est vu chargé de préparer la célébration en 2019 du 150e anniversaire de la mort de l’auteur de la Symphonie fantastique et a été nommé directeur du festival Messiaen au pays de la Meije.
Comment allez-vous organiser cette année Berlioz ?
Le but est de fêter Berlioz dans sa diversité. C’était un talent polymorphe ! D’un point de vue formel, il n’a jamais composé deux œuvres identiques. Je veux rappeler son caractère rural, provincial, tout comme sa carrière de journaliste et même d’écrivain, notamment de science-fiction. Roland Barthes disait que pour comprendre la littérature du 19e siècle, il fallait étudier l’œuvre littéraire de Berlioz au même titre que Balzac. A l’heure où l’Europe est en crise, il est important de montrer que Berlioz était un vrai Européen. Il avait pour modèle Beethoven, Gluck, mais aussi Byron ou Shakespeare. Je souhaite d’ailleurs organiser pendant cette année des concerts à l’étranger, dans les villes qui ont jalonné son parcours, comme Londres, Saint-Pétersbourg ou Rome, dont il qualifiait la villa Médicis de « caserne académique » !
Et en France, qu’allez-vous mettre en place ?
Des concerts consacrés à Berlioz sont déjà prévus dans les saisons des orchestres, des opéras… Nous allons les soutenir. En parallèle, nous allons organiser des événements spécifiques. Il y a aussi un vaste projet discographique mené par Warner, qui se lance dans l’intégrale des œuvres de Berlioz. Je pense que ce serait enfin le moment d’avoir un musicien au Panthéon. Berlioz y aurait toute sa place, lui qui aurait aimé être reconnu par son pays.
Que comptez-vous faire du festival Messiaen ?
Le point de départ, c’est la maison Messiaen, qui se trouve en Isère et que je gérais déjà par le biais de l’Aida, la structure qui a la charge du festival Berlioz de La Côte-Saint-André. Lorsque Gaëtan Puaud, le fondateur du festival Messiaen, a voulu se retirer, il m’a proposé de reprendre cette manifestation. Je souhaite y développer trois volets : le festival, la maison Messiaen comme lieu de résidence d’artistes, et le concours Messiaen, que nous allons relancer. Je vous l’annonce ici : il y aura dès le mois de juin un concours d’orgue à Lyon, avec notamment au jury Thierry Escaich.
Vous avez aussi pris la présidence de MFA, au moment où le secteur est en pleines turbulences…
Le projet de Centre national de la musique prévoit de rapprocher Musique française d’aujourd’hui, Musique nouvelle en liberté et le Centre de documentation de la musique contemporaine. Il peut être bon de sortir du chacun-pour-soi et d’éviter des situations où plusieurs institutions dédiées à la musique contemporaine traitent de la même chose. Mais attention, on ne va pas faire une fusion des structures juste pour faire une fusion. Il faut être vigilant.
Un mot sur Démos, qui fait l’objet d’une enquête dans ce numéro. Vous avez piloté son lancement dans l’Isère, mais vous avez arrêté le dispositif. Pourquoi ?
On se sentait franchisés de Paris et de la Philharmonie. La question du coût était problématique : les collectivités enlevaient leurs aides aux écoles de musique pour les donner à Démos. Et en matière d’apprentissage musical, le compte n’y était pas. C’est pour cette raison que nous avons lancé notre propre structure, A travers chant, pour porter la musique dans les milieux ruraux, en montagne, avec 300 enfants.
Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous