Le quintette à vent, ça ne sonne pas !

06/09/2018
Cette nouvelle rubrique est la vôtre . Sont ici publiées des opinions de musiciens : des billets d’humeur décalés et forcément subjectifs. N’hésitez pas à réagir !

Le quintette à vent, pour ceux qui vivraient dans l’ignorance, est une formation de musique de chambre qui comprend une flûte, un hautbois, une clarinette, un basson et un cor.
Cette formation est pratiquée par un grand nombre de musiciens, des étudiants aux solistes les plus confirmés. On serait presque tenté de se dire qu’elle mérite une place de choix au panthéon des formations de musique de chambre aux côtés du quatuor à cordes, mais, voilà, pour qui possède une éducation musicale un peu solide et n’est pas influencé par un intérêt particulier (professeur de musique de chambre dans un conservatoire ou membre d’un quintette à vent), la conclusion est terrible : le quintette à vent, ça ne sonne pas !
Avant le 20e siècle, cette formation ne possède qu’un répertoire très confidentiel (quelques pièces de Danzi, Cambini, Reicha), et c’est au 20e siècle qu’elle va se développer à l’initiative des instrumentistes-professeurs, désireux de pratiquer la musique de chambre en plus de l’orchestre et de faire travailler la musique de chambre à leurs étudiants.

Cette démarche est très honorable, mais tend à donner une véritable justification musicale à une formation qui a plus de défauts que de qualités.
Dans le répertoire classique stricto sensu, les instruments à vent sont utilisés très majoritairement par paires dans le répertoire symphonique ou de musique de chambre (excepté peut-être la flûte traversière). La raison est simple : quand, pour accompagner une ligne mélodique, on veut des accords, on les fait jouer par des paires d’instruments, qui sont beaucoup plus efficaces pour engendrer une harmonie, alors que dans un quintette à vent, lorsqu’un instrument joue une mélodie, les quatre autres ont un mal fou à se fondre pour faire entendre un accord plus qu’une superposition de timbres et surtout d’attaques.
Les premiers centièmes de seconde d’une note sur un instrument quel qu’il soit – que l’on appelle transitoire d’attaque en acoustique – déterminent immédiatement la perception du son et, dans un quintette à vent, il y a quatre procédés différents de mise en vibration de l’instrument sur cinq instruments (seuls hautbois et basson ont une anche double), d’où une homogénéité extrêmement difficile à obtenir.
Toutes les magnifiques pièces pour vents de Mozart (divertimentos pour six instruments – très rarement joués –, voire la Grande Partita) sont la preuve que les vents peuvent, s’ils sont groupés par deux ou plus, alterner avec bonheur un rôle de soliste et un rôle d’accompagnateur.
Du coup, toutes les transcriptions pour quintette à vent de musique baroque, classique et romantique, si elles ont un intérêt pédagogique (ce qui n’est pas sûr) ne devraient pas sortir des salles de conservatoire.
Mais il n’y a pas que la musique ancienne ou les transcriptions, il y a aussi la musique de notre temps, c’est là qu’on trouve les meilleures réussites. Ligeti, Berio et d’autres ont su profiter de la diversité des timbres et des modes de jeu pour composer des pièces vraiment réussies. Cette homogénéité impossible à trouver devient une contrainte stimulante pour un compositeur, mais ne pas la reconnaître et transcrire un quatuor de Mozart ou de Haydn est tout simplement ridicule.
Il y a un manque d’imagination lié à un certain confort qui résume toute la musique de chambre pour vents au quintette. Cette formation devrait être confrontée à des dizaines d’autres qui révéleraient leur potentiel musical. On préfère faire les choses à l’envers et créer des formations non pas en fonction de l’intérêt musical, mais pour promouvoir tel ou tel département de conservatoire, un peu comme si des instituteurs militaient pour que la balle au prisonnier devienne discipline olympique…

Jean-Baptiste Lapierre, trompettiste

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