Minh-Tâm Nguyen : "Pour exister, un ensemble doit prendre des risques"

Suzanne Gervais 21/09/2018

Le musicien de 38 ans, soliste au sein des Percussions de Strasbourg depuis 2013, vient de prendre la tête de l’ensemble fondé par Jean Batigne en 1962.

Comment se portent les Percussions de Strasbourg ?
La rentrée est chargée, mais c’est bon signe ! Nous montons une grosse production par an, et la première représentation a toujours lieu à l’automne : nous créerons Ondée de Karl Naegelen à Annecy le 23 novembre. Nous avons également enregistré la production de la saison dernière, Ghostland de Pierre Jodlowski. Le disque – et le vinyle - paraîtront au même moment. Cette effervescence est salutaire, surtout quand je repense à mon arrivée au sein des Percussions, il y a cinq ans : à cette époque, nous n’avions que dix dates par an et on nous demandait quand nous allions mettre la clé sous la porte. Aujourd’hui, nous donnons entre 45 et 55 concerts dans l’année.

Quel est le secret de cette renaissance ?
Historiquement, l’ensemble est composé de six percussionnistes. Mais pour pouvoir vendre plus de concerts, on a décidé de tourner à deux, trois, cinq… Nous avons modifié notre politique de commande en conséquence : Philippe Hurel est le premier à jouer le jeu, cette année : il nous a composé une pièce pour trois percussionnistes. La partition va arriver dans quelques jours… Une autre raison de ce sursaut, c’est le rajeunissement de l’ensemble. Il y a eu pas mal de jeunes recrues très motivées. Nous avons aussi rattrapé notre retard sur la musique électronique et nous avons travaillé notre présence sur scène. Le musicien ne doit plus être caché derrière son instrument. Le travail avec les acteurs et les danseurs commence à entrer dans les habitudes des conservatoires : il était temps ! Et puis, pour exister, un ensemble doit prendre des risques. Mais pour faire preuve d’audace artistique, il faut être soutenu financièrement.

Justement, qu’en est-il de la situation financière des Percussions ?
Nous fonctionnons avec un budget annuel de 750 000 euros. La Drac et la Ville de Strasbourg sont les principaux contributeurs, avec 180 000 et 110 000 euros de subventions. Nous sommes également soutenus par la Spedidam, à hauteur de 25 000 euros, et la Sacem, entre 10 000 et 15 000 euros. Côté financement privé, la Société Générale nous soutient depuis plusieurs années avec une enveloppe de 20 000 euros par an. Malgré un soutien financier indéniable des collectivités, une grande partie de notre travail n’est pas encore rémunéré. L’idéal serait de pouvoir payer davantage nos musiciens, qui ne comptent pas leurs heures.

En tant que nouveau directeur artistique, quels sont vos projets ?
Nous continuons, plus que jamais, à faire vivre la musique d’aujourd’hui. Attention, il ne faut pas se contenter de faire des créations, il faut faire entrer ces œuvres au répertoire en les rejouant. Avec un catalogue de 350 pièces, une bonne partie de la musique que nous défendons depuis 60 ans est désormais bien ancrée dans le répertoire et ça, c’est une immense satisfaction. Je veux aussi continuer de mettre l’accent sur la transmission, surtout maintenant que je n’enseigne plus au CNSMD de Lyon. Nous sommes basés dans le quartier de Hautepierre, à Strasbourg. C’est un super quartier, très populaire avec 35 nationalités différentes. Nous avons initié des ateliers de percussions, les « Percustra », qui sont gratuits. Chaque année, 15 ateliers accueillent des classes de collège et de primaire et deux autres sont ouverts à tous. Depuis trois ans, nos élèves se produisent à Musica, en septembre. C’est dingue de voir comme ces ateliers ont rajeuni notre public.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre nouvelle fonction ?
Ce que j’aime par-dessus tout, c’est veiller à la cohésion d’un groupe de musiciens. Ma première mission en tant que directeur artistique, c’est de faire en sorte que tout le monde s’entende bien et que chacun des percussionnistes – nous sommes onze - ait envie de rester. Le secret d’un ensemble soudé, c’est une bonne ambiance. On passe énormément de temps ensemble, en répétitions, mais on boit aussi des coups ! Être directeur artistique d’un ensemble est un travail considérable : je pense que je ne vivrai cette expérience qu’une fois dans ma carrière.

Propos recueillis par Suzanne Gervais

A propos de percussions, avez-vous lu notre entretien avec Sorie Bangura, lauréat du concours Juozas-Pakalnis, en Lituanie ?

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