Patrimoine et musique

Antoine Pecqueur 25/09/2018
Rarement les Journées européennes du patrimoine auront été autant médiatisées. Du fait de la notoriété de Stéphane Bern – à qui Emmanuel Macron a confié une mission spécifique sur le sujet – et, surtout, grâce au dispositif lancé à cette occasion : un “loto du patrimoine”, dont les gains sont affectés à la réhabilitation de lieux en péril.
Parmi les dix-huit monuments sélectionnés pour cette opération, deux étaient directement liés au spectacle et à la musique. Le théâtre de Bar-le-Duc, joyau du début du 20e siècle, et la villa de Pauline Viardot à Bougival. C’est cette dernière – qui doit être transformée en Centre européen de musique – qu’Emmanuel Macron a choisie pour son déplacement dans le cadre des Journées du patrimoine. Tout un symbole. Car le président souhaitait ici gommer le clivage, encore bien ancré, entre patrimoine et spectacle vivant. La tendance est d’opposer les défenseurs du patrimoine, jugés à droite de l’échiquier politique, aux artistes, considérés comme de gauche.
Affirmant ainsi sa ligne disruptive, Emmanuel Macron tient à montrer qu’on peut réunir les deux domaines. C’était aussi l’occasion d’afficher son soutien à Françoise Nyssen, donnée partante quelques jours plus tôt, lors du remaniement intervenu après le départ de Nicolas Hulot.
La force de la musique classique est d’arriver à se tenir à l’écart du clivage patrimoine contre spectacle vivant. En premier lieu parce qu’il s’agit en grande partie d’un répertoire… patrimonial. Ensuite, parce qu’elle se donne à entendre dans des lieux généralement historiques. Il y aurait d’ailleurs urgence à réhabiliter ces écrins que sont les théâtres municipaux du 19e siècle ou les salles de musique de chambre Art nouveau.
Patrimoine et spectacle vivant ont aujourd’hui tout intérêt à s’unir pour faire face aux coupes budgétaires. Car si le tirage du loto du patrimoine va apporter 3,5 millions d’euros aux monuments en péril, il ne doit pas faire oublier que, de manière générale, la protection du patrimoine subit depuis plusieurs années des baisses drastiques de ses moyens. Stéphane Bern l’a rappelé de manière cinglante au chef de l’Etat. Et il en est de même pour le spectacle vivant, où des dispositifs, comme le Pass culture, font office d’arbre qui cache la forêt. Ces produits joliment “marketés” ne saurait remplacer une véritable vision de la culture.
C’est ce nouveau souffle qu’attend la sphère culturelle. Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait affirmé que ses deux domaines prioritaires étaient l’éducation nationale et la culture. Seul le premier en a, pour l’instant, reçu la preuve.

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