La scène musicale lyonnaise, en pleine mutation

Antoine Pecqueur 09/10/2018
Recrutement d’un nouveau directeur musical à l’Orchestre national, départ de Serge Dorny de l’Opéra… entre Rhône et Saône, l’heure est à l’incertitude.
Le départ de Gérard Collomb du gouvernement a fait l’effet d’un miniséisme dans le paysage politique. Pour briguer un quatrième mandat, l’ex-ministre de l’Intérieur a décidé de reprendre d’ores et déjà son fauteuil de maire de Lyon, en sachant qu’il aura face à lui une droite forte, dont on ne connaît pas encore le candidat, mais qui peut se targuer de l’ancrage régional de Laurent Wauquiez, à la fois patron des Républicains et président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Dans ce contexte, il est passionnant d’observer la vie musicale lyonnaise, aussi mouvante que la scène politique. Le lien est d’autant plus étroit que le maire qui a remplacé Gérard Collomb pendant son passage au ministère de l’Intérieur, Georges Képénékian, était l’ancien adjoint à la culture.

Recherche chef désespérément

L’Orchestre national et l’Opéra de Lyon traversent des périodes d’incertitude. L’Orchestre national de Lyon cherche un successeur à Leonard Slatkin, depuis son départ du poste de directeur musical en 2017. Une situation dont a hérité la nouvelle directrice générale, Aline Sam-Giao. Différentes pistes ont été examinées : Lionel Bringuier semblait avoir les faveurs de la direction, mais pas celles des musiciens. Les concerts qui lui ont été confiés n’ont guère enthousiasmé les instrumentistes, peut-être aussi échaudés par le départ de Lionel Bringuier de l’orchestre de la Tonhalle de Zurich au bout d’un mandat seulement, ce qui sonnait comme un désaveu. En attendant, Leonard Slatkin conserve un poste de directeur musical honoraire. Nos confrères de Mediacités viennent de révéler sa rémunération, de l’ordre de 40 000 euros par semaine de représentation. Rappelons que l’Orchestre national et l’Auditorium de Lyon touchent une subvention de la ville de 9 millions d’euros (pour développer intelligemment les ressources propres, Aline Sam-Giao a récemment crée une fondation privée). Selon nos informations, Leonard Slatkin n’hésite pas à réduire le temps de répétition, donnant encore plus l’impression d’une préretraite dorée. A cela il faut ajouter que lors de son mandat de directeur musical, Leonard Slatkin avait passé une commande à une compositrice, Cindy McTee, qui n’est autre que sa femme. On notera qu’à part la phalange lyonnaise, rares sont les formations européennes à lui avoir passé commande… Espérons que le nouveau délégué artistique de l’orchestre, Ronald Vermeulen, qui a succédé à Christian Thomson, saura gérer au mieux et le plus rapidement possible ce recrutement. Sinon, l’orchestre risque de se retrouver plusieurs années sans directeur musical, en raison du délai que prend forcément ce type de nomination et de l’agenda chargé des chefs. Lyon pourrait s’inspirer de Birmingham, ville avec laquelle elle est jumelée, et qui a toujours su prendre des risques en misant sur des chefs avant qu’ils ne deviennent célèbres, de Simon Rattle à Mirga Grazinyte-Tyla.

Lyon et Paris, même combat

Au même moment, l’Opéra de Lyon doit envisager la succession de son directeur général, Serge Dorny, qui va prendre la direction de l’Opéra de Munich en 2021. Y ­aura-t-il un remake de l’épisode de Dresde (où le même Serge Dorny avait été nommé à la tête de l’Opéra, mais avait été débarqué avant de prendre ses fonctions, en raison d’une dissension avec le directeur musical, Christian Thielemann) ? Il y a peu de chances, car Serge Dorny arrive en Bavière avec le chef de son choix, Vladimir Jurowski. Sa succession ne sera pas une tâche aisée. Sous son mandat, l’Opéra de Lyon a été maintes fois distingué par la presse, notamment comme “Opéra de l’année” par le magazine Opernwelt. Il s’est en particulier distingué par ses choix innovants de metteurs en scène, de William Kentridge à Christophe Honoré. Par contre, il a été pointé du doigt pour son management conflictuel, sans compter la polémique sur les notes de frais révélée également par Mediacités. La difficulté pour Lyon va être de recruter un directeur d’opéra, alors que, au même moment, l’Opéra de Paris va, lui aussi, chercher un successeur à Stéphane Lissner. Poste auquel certains avaient imaginé Serge Dorny… Mais le dossier de l’Opéra de Paris se gère directement depuis l’Elysée, piloté par Sylvain Fort (fin connaisseur de la musique classique), qui privilégie des directeurs plus classiques, notamment en matière de mise en scène. Un cabinet de chasseurs de têtes aurait été mandaté.

A Lyon, certaines voix défendent le projet d’une direction commune à l’orchestre et à l’opéra. Un prélude au vieux serpent de mer de la fusion des deux structures ? Plus que jamais, les deux institutions doivent affirmer leur place dans un paysage musical en pleine mutation : le vaste chantier de rénovation de la salle Rameau vient d’être confié à la Compagnie de Phalsbourg, associée à Perrot et Richard Architectes ; le Conservatoire se cherche toujours un directeur. Sans oublier l’arrivée de nouveaux venus, comme l’Orchestre de chambre de Lyon, qui entame sa ­deuxième saison (voir LM 509). Cette formation, liée à l’université Lyon 3, se finance avec pour principe qu’un euro apporté par l’université doit générer un euro de mécénat et un euro de billetterie et de concerts privés. Assurément Collomb-compatible.
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