A bas les intermédiaires !

09/10/2018
Le hautboïste Marc Badin, membre de l’ensemble Besozzi, critique la multiplication des professions qui font le lien entre les interprètes et le public.

Les propos qui vont suivre me démangent depuis quelque temps. La décision de mettre un terme aux vingt-cinq années d’activité de l’ensemble Besozzi est un bon prétexte pour les publier. Je constate la multiplication des intermédiaires entre le processus créatif et la présentation au public. En clair, tous ces attachés de production, chargés de communication, responsables de diffusion, médiateurs culturels et autres inutiles sont devenus une cohorte de parasites vivant sur le dos de la bête.
Ces gens-là ne réalisent-ils pas un travail admirable ? Comment les ensembles qui n’en auraient pas feraient-ils pour accéder à la si chère diffusion ? C’est un métier que de savoir décider des décideurs ! Et puis, comment des décideurs pourraient-ils décider s’ils n’avaient pas les documents proposés par la cohorte de “chargés de” ? Le tout présente en fait une valeur ajoutée à somme nulle, les uns exigeant ce que font les autres et réciproquement, tous formés dans les mêmes standards, sans aucun intérêt pour l’art, les artistes ou le public.
Dans la production artistique, les artistes sont dépouillés de la parole. Je me souviens d’un temps où nous prenions directement contact avec une mairie, un festival, sans intermédiaire, voire sans prospectus, plaquette ou site internet. On discutait et on se faisait confiance. Même dans les conservatoires, nous avons maintenant des “responsables d’action culturelle”. Aujourd’hui, ces “professionnels” ont comme objectif de remplir les salles, de faire du chiffre présentable aux politiques financeurs. La notion d’éducation populaire leur est étrangère. Aucun ne veut prendre le risque d’engager deux hautbois et un basson. Qu’est-ce que c’est que ces trucs ? Ils font du hip-hop, au moins ? Ils jouent du hautbois d’amour et du cor anglais ? Mais comment voulez-vous communiquer avec une telle formation ?
Je vois une escroquerie dans la prolifération d’ensembles bien managés (quel vilain mot !), mais de qualité médiocre. Il suffit d’un bon business plan, une projection financière, un plan de développement… Dans certains cas, le contenu artistique n’est qu’un prétexte. Je ne souhaite aujourd’hui qu’une chose, c’est que notre métier ne devienne pas comme celui des médecins hospitaliers : dirigé par des administratifs aux seules fins de rentabilité.

Marc Badin

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