De la précarité

09/10/2018
L’interview de Marion Oudin, publiée sur notre site internet fin septembre, a été particulièrement relayée et commentée. La violoncelliste de 29 ans protestait contre la précarité que subissent les jeunes enseignants. Nicolas Bucher, directeur du Centre du musique baroque de Versailles, a tenu à réagir.

Le témoignage de cette jeune violoncelliste dit, hélas, bien des choses sur le fonctionnement actuel, particulièrement délabré de la profession, sur les manières de certaines collectivités territoriales et sur la politique nationale de formation.
En revanche, je ne partage pas l’analyse sur la question de l’offre et de la demande : la création des pôles supérieurs n’a pas augmenté le nombre d’étudiants, elle a essentiellement légitimé et concentré ceux qui étaient dans les innombrables cycles de perfectionnement, de solistes, prix interrégional. Mais, là où le bât blesse, c’est sur “l’hyperqualification” qui s’est mise en place depuis une vingtaine d’années, augmentant de manière volontaire et inconsidérée le nombre d’années d’études et la qualification des diplômés tant artistiquement que pédagogiquement, tandis que les barrages filtrants vers les diplômes et l’emploi se renforçaient : suppression des concours pour le DE et le CA, obligation de passage par les formations diplômantes, raréfaction extrême puis quasi-disparition des concours du CNFPT.
Parallèlement, les rémunérations et les besoins de qualification n’augmentaient pas de manière proportionnelle. Depuis une dizaine d’années, les conditions d’exercice de l’emploi se dégradent : après les lois Perben et Sapin, on constate un retour à la précarisation en CDD et des déclassements de postes “à CA” vers des DE pour des raisons économiques, politique menée par des collectivités territoriales étranglées, le tout doublé d’une remise en cause ponctuelle, mais de plus en plus décomplexée, de la nécessité de cette dépense.
La direction de l’Enseignement supérieur artistique au ministère de la Culture dans les années 2005-2010 est clairement responsable de ce carnage et du piège dans lequel quelques directeurs de CRR, avides de reconnaissance, sont tombés. Lesquels, ou leurs successeurs, poursuivent cette œuvre tant bien que mal en multipliant maintenant les masters divers et variés, qui fleurissent dans la plupart des pôles, dans une magnifique course à l’échalote. Parallèlement, la VAE tarde à être pensée nationalement et la formation continue des enseignants et des artistes n’est toujours pas traitée à la hauteur où elle devrait l’être.
A titre personnel, j’ai tenté, pendant les quatre années passées au CNSMD de Lyon et mes deux mandats à la commission d’habilitation ministérielle, d’en limiter les effets pervers en facilitant la réduction de scolarité des étudiants et le tuilage de la formation pédagogique avec la formation artistique. Mais il s’agit malheureusement de gouttes d’eau face à l’emballement de la machine depuis dix ans…

Nicolas Bucher

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