Louise Acabo : «Le clavecin est devenu branché»

Suzanne Gervais 31/10/2018
La musicienne de 19 ans a remporté le premier prix du concours Corneille, à Rouen. Louise Acabo s’inscrit déjà dans le sillage de la jeune génération de clavecinistes français, menée par Jean Rondeau et Justin Taylor.
Pourquoi avez-vous choisi cet instrument ?
Je me rappelle très bien de la visite de la classe de clavecin pendant les portes ouvertes du conservatoire de Strasbourg. J’avais 7 ans. Mais je ne sais plus pour qui j’ai eu le coup de foudre : l’instrument, ou la professeure, Aline Zylberajch. La personnalité de l’enseignant est souvent pour beaucoup dans le choix d’un instrument. J’étais la plus jeune de la classe et j’ai tout de suite côtoyé les grands élèves qui venaient de toute l’Europe, et même du Japon. A l’adolescence, j’ai mis le clavecin de côté. C’était ringard, pas à la mode!
Je viens d’entamer ma deuxième année de licence à la Schola Cantorum de Bâle. J’avais besoin de voir comment on étudiait à l’étranger. En France, la qualité de l’enseignement instrumental est remarquable, mais je trouve les cours théoriques très stricts et professoraux. Or, dans un cursus supérieur de musique ancienne, ils représentent une trentaine d’heures par semaine.
Le concours Corneille était votre premier…
Et quel stress ! J’ai besoin d’adrénaline, de défi et, en même temps, je suis très anxieuse. J’ai pris sur moi et décidé de me lancer : ce jeune concours tombait à pic, juste après les grands rendez-vous de Bruges et de Leipzig. Avant chaque épreuve, j’avais un petit rituel : danser avec de la musique à fond, et pas du Froberger, mais du reggae, pour me défouler, me chauffer. J’ai fait des filages tous les jours : mes amis connaissaient mon programme par cœur. Les concours font avancer sur le plan personnel : aujourd’hui, je connais mieux mes capacités. Je pense que je suis réconciliée avec l’idée de compétition. Pour moi, à partir du moment où des gens jugeaient une performance artistique, on perdait un peu de l’essence même de la musique. J’ai été surprise de voir que je pouvais me faire plaisir en jouant devant un jury.
Où vous voyez-vous dans cinq ans ?
J’aurai probablement tenté le concours de Bruges. J’aimerais aussi enseigner. Je suivrai sans doute un second master, quelque part en Europe. J’espère avoir l’occasion de jouer en récital, car je m’exprime plus facilement seule qu’en musique de chambre. Le répertoire pour clavecin est tellement beau… et trop peu joué. J’aimerais jouer davantage de musique contemporaine, où le clavecin est bien représenté. J’ai grandi avec Bach, je ne pourrai jamais le trahir. Le roi, c’est lui ! L’engouement actuel pour le clavecin est très beau à voir. Dans les conservatoires français, on a la chance de pouvoir commencer par cet instrument, ce qui n’est pas le cas en Italie, par exemple.
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