Les discrètes bibliothèques de conservatoire

Suzanne Gervais 31/10/2018
Un recueil de chant du 16e siècle, une édition de Thaïs dédicacée par Massenet… Non, nous ne sommes pas au département musique de la Bibliothèque nationale, mais dans les rayons de bibliothèques de conservatoire. Le point sur ces outils de travail méconnus des musiciens.
La moitié des conservatoires, tous statuts confondus, disposent d’un imposant fonds de partitions. D’après une étude réalisée par la Confédération musicale de France (CMF), la France compte 150 bibliothèques de conservatoire dotées de fonds importants et catalogués, consultables dans des salles réservées, avec des disparités très fortes entre l’Ile-de-France et la province. « La région francilienne est moins bien pourvue en bibliothèques de conservatoire, explique Carl Plessis, responsable de la documentation de la CMF. Elles sont en concurrence avec les gigantesques médiathèques du CNSMD et du pôle supérieur de Boulogne-Billancourt. En région, les bibliothèques de conservatoire sont les seules sur le créneau. » Mais certaines régions sont mieux loties que d’autres : dans les Pays de la Loire, 60 % des conservatoires sont pourvus d’une bibliothèque, contre 18 % en Bretagne. Si leur statut impose aux CRR d’être dotés d’une bibliothèque, des conservatoires plus petits en disposent également, comme à Aulnay-sous-Bois, où le CRD abrite un fonds de 15 000 documents, dont 8 000 partitions. Dans un conservatoire comme celui de Toulouse, les premiers fonds de la bibliothèque ont été constitués au début du 19e siècle. Quelque 30 000 partitions sont disponibles au prêt.

Des raretés

De tels fonds abritent parfois des trésors insoupçonnés. « Les vieilleries », comme les appelle affectueusement Alain Koenig, le bibliothécaire du conservatoire de Saint-Etienne. Parmi elles, un original d’Euphrosine ou le Tyran corrigé, une comédie lyrique de Méhul de 1790, des originaux de Nicolas Dalayrac, compositeur de la Révolution française, des partitions de Massenet, Stéphanois d’origine, dédicacées par le compositeur… Ces reliques sont conservées avec soin et manipulées avec des gants. A Tours, la bibliothèque Jean-Yves-Couteau rassemble le fonds du conservatoire et celui du département de musicologie de l’université. La partie conservatoire abrite à elle seule 35 000 documents, dont près de 30 000 partitions. Parmi elles, des premières éditions d’œuvres de Rossini. Mais les bibliothèques des conservatoires ne sont pas toutes adaptées à la conservation des documents les plus anciens. Aussi, de plus en plus d’établissements font le choix de céder leurs fonds patrimoniaux. C’est le cas du conservatoire de Rouen, dont Aurélie Allain, la bibliothécaire, a transféré les plus précieuses de ses 45 000 partitions – des premières éditions de réductions piano-chant d’opéras de Berlioz ou de Wagner – à la bibliothèque municipale. La cession des plus anciennes de ses partitions remonte à 1935 pour le CNSMD de Paris. « Au 19e siècle, la bibliothèque avait accumulé des fonds patrimoniaux d’une valeur inestimable, raconte Cécile Grand, responsable de la médiathèque Hector-Berlioz. Le Conservatoire possédait le manuscrit autographe de Don Giovanni de Mozart, acquis par Pauline Viardot, et un manuscrit autographe d’une cantate de Bach ! » Il a été décidé de mettre ces trésors à l’abri, à la BNF. « On pleure chaque matin », plaisante-t-elle. Consolation : la médiathèque recèle encore quantité de raretés parmi ses 300 000 documents, tels des manuscrits de Debussy, Dukas, Messiaen, Jolivet… Au CNSMD de Lyon, les partitions les plus précieuses, comme le fonds Nadia-Boulanger, ont été numérisées.

Pour lire la suite (78 %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

2€

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Articles en relation :

Le prêt des partitions en question

Suzanne Gervais2018-10-31

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous