Retour sur l’affaire Daniele Gatti

Antoine Pecqueur 05/11/2018

L’Orchestre du Concertgebouw traverse une période de crise, depuis l’éviction de son chef principal, accusé de harcèlement sexuel.

L’été dernier, l’Orchestre royal du Concertgebouw a mis fin au contrat de chef principal de Daniele Gatti sur des accusations de harcèlement sexuel. Qu’en est-il quatre mois plus tard ?
C’est peu dire que le climat est tendu au sein de la prestigieuse institution néerlandaise. Le directeur général, Jan Raes, n’a donné qu’une seule interview depuis le début de l’affaire, à nos confrères de BBC Radio 4. Il s’est contenté de dire que la décision de rompre le contrat avec Daniele Gatti avait été prise à la suite non seulement de l’article du Washington Post, mais aussi de témoignages de musiciennes de l’orchestre du Concertgebouw. On n’en saura pas plus… Fin octobre, l’un des mécènes de l’orchestre, Melvyn Krauss, également professeur d’économie à l’université de New York, a écrit une tribune virulente dans le quotidien néerlandais NRC. Il dénonce l’attitude de la direction de l’Orchestre : « Tant que Jan Raes et le conseil d’administration ne rendront pas publiques les accusations contre Daniele Gatti, une ombre planera sur l’orchestre, avec des conséquences préjudiciables pour la marque Concertgebouw. »
De nombreux soutiens
Après cette affaire, les autres orchestres avec lesquels Daniele Gatti travaille ou a travaillé ont tous affirmé qu’ils n’avaient été confrontés à aucun cas similaire. Une musicienne du Mahler Chamber Orchestra, dont Daniele Gatti est toujours le conseiller artistique, nous le confirme : « Nous avons reçu un courriel de la direction de l’orchestre, nous autorisant à témoigner d’éventuels agissements de Daniele Gatti à notre encontre. Mais il n’y a eu aucun retour dans ce sens. » De même à l’Orchestre national de France ou à l’Opéra de Zurich, dont Daniele Gatti fut directeur musical. De quoi jeter le doute ? « La direction du Concertgebouw a-t-elle pris prétexte de cette affaire, en plein contexte #MeToo, pour se séparer de son chef, avec qui elle ne voulait de toute façon plus travailler ? » s’interroge un bon connaisseur de la vie musicale néerlandaise.
En tout cas, nombreux ont été les chefs à manifester leur soutien à leur collègue. Valery Gergiev vient d’inviter Daniele Gatti à diriger au Mariinsky de Saint-Pétersbourg et, surtout, Mariss Jansons l’a accueilli à l’Orchestre de la radio bavaroise. Un geste fort, car Mariss Jansons est l’ancien directeur musical de l’Orchestre royal du Concertgebouw… Une manière aussi de s’opposer à Bernard Haitink, autre ancien directeur musical de l’orchestre, qui, lui, soutient la direction.
Parmi les musiciens du Concertgebouw, deux camps s’affrontent. « C’est moitié-moitié entre les pro et les anti-Gatti. Il est intéressant de noter que les femmes soutiennent majoritairement Gatti », observe un proche du dossier. Pour remplacer les concerts prévus cette saison avec le maestro italien, il a fallu recruter le plus rapidement possible des chefs remplaçants. Melvyn Krauss écrit à ce propos : « La qualité des remplaçants peut dans certains cas être contestée. Et certains chefs, comme Fabio Luisi, ont refusé l’invitation. Cela sent le boycott. » Le mécène va encore plus loin : « L’orchestre paie le prix, dans le monde de la musique classique, du traitement brutal de l’éviction de Daniele Gatti sans explications convaincantes. »
Reste à savoir si cette affaire va aboutir à un procès ou se régler dans l’intimité des cabinets d’avocats.

Antoine Pecqueur (à Amsterdam)

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