L’orgue, instrument-monde

Antoine Pecqueur 05/12/2018
Le numéro que vous tenez entre vos mains est thématique : c’est l’orgue qui en est le fil conducteur. Nous avons choisi cet instrument, parce qu’il traverse aujourd’hui une période de mutations passionnantes à explorer.
Son lien historique avec la religion est particulièrement complexe en France. Alors que les contraintes de cohabitation avec le clergé peuvent devenir un fardeau, la plupart des titulaires de tribunes ne sont pas rémunérés pour leur travail… En parallèle, l’orgue s’émancipe plus que jamais de son cadre liturgique. Les nouvelles salles de concert parisiennes possèdent maintenant leur propre instrument – ce qui était loin d’être acquis. Le secteur a pu compter sur le ­lobbying actif de l’ancien ministre Xavier Darcos, organiste amateur.
Les ensembles baroques, toujours en plein essor, comptent généralement dans le continuo un musicien jouant de l’orgue positif – et il faut saluer les facteurs qui trouvent aujourd’hui des sonorités plus colorées pour ce type d’instrument. Le développement du numérique offre de nouvelles possibilités, quitte à créer la controverse avec les partisans de l’orgue à tuyaux. Cet instrument est ainsi devenu un terrain de jeu exaltant pour les compositeurs contemporains, et même le monde du jazz : des perspectives pour les enseignants de plus en plus inventifs.
Bien sûr, tout n’est pas rose dans le monde de l’orgue. Des progrès doivent venir de la puissance publique. Car aujourd’hui existe une aberration que dénoncent tous les organistes : les experts du ministère de la Culture. Leur mission est d’examiner les orgues du patrimoine français et de préconiser d’éventuels travaux. Mais concrètement, leurs démarches restent floues et les attributions des chantiers contestables. Le ministère réfléchirait à des filières spécifiques de formation pour sortir de la dimension clanique qui prévaut aujourd’hui. Autre enjeu : l’Etat fait reposer de plus en plus sur les collectivités le coût des chantiers. Des lors, les marchés se réduisent pour les facteurs de l’Hexagone. A l’exportation, le “made in France” n’arrive pas encore à concurrencer les grands noms du secteur (comme l’Autrichien Rieger ou le Canadien Casavant). Même s’il y a quelques exceptions, comme la Manufacture Muhleisen, qui vient de construire le nouvel orgue de la salle Zaryadye de Moscou, à découvrir dans notre portfolio central.
Enfin, on peut encore rêver : remettre en état des orgues de salles de concert ou d’opéra (comme au théâtre des Champs-Elysées) et même de cinéma comme à La Ciotat, fief des frères Lumière. Sans oublier pour autant la richesse du patrimoine sacré. Des Philippines au Mexique, l’orgue est mondial. Loin des clichés, c’est un instrument-monde que nous vous invitons à (re)découvrir au fil des pages de ce numéro.
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