La facture de l’orgue positif

05/12/2018
Face à l’essor des ensembles baroques, des facteurs recherchent de nouvelles sonorités, loin du timbre standardisé qui a longtemps été la norme. Décryptage par Sébastien Daucé, organiste et claveciniste, directeur musical de l’ensemble Correspondances.

Depuis une cinquantaine d’années, les facteurs d’orgues ont remis au goût du jour l’orgue positif pour satisfaire aux besoins des interprètes de musique baroque. Mais leurs instruments ne sont souvent que vaguement inspirés des cabinets d’orgue qui pouvaient exister aux 17e et 18e siècles, n’offrant généralement qu’un bourdon de 8’, parfois une flûte de 4’. Le son de ces petits orgues positifs du 20e siècle a façonné une image sonore du continuo qui se perpétue aujourd’hui : en retrait, au timbre standardisé et sans variété. Depuis plusieurs années, quelques facteurs cherchent à concevoir des instruments aux sonorités plus intéressantes, certainement plus proches de celles d’un grand orgue, et davantage inspirées des instruments conservés dans les musées. De fait, le son et l’équilibre de la basse continue s’en trouvent profondément modifiés. Rien à voir entre les continuos des ensembles des années 1980, et celui de la récente intégrale Bach de John Eliot Gardiner, par exemple : la présence, la richesse des timbres et la palette en font un acteur expressif qui soutient le chant.
De plus en plus de facteurs, comme Quentin Blumenroeder ou Dominique Thomas, font avancer la facture dans ce sens et leurs instruments trouvent un écho favorable auprès des amateurs d’orgue et des ensembles spécialisés, pour qui cette question est centrale : Pygmalion, Correspondances, Vox Luminis… La plupart du temps, ces instruments sont conçus sur la base d’un principal de 8’: l’incidence sur le soutien des chanteurs ou sur la justesse des instruments qui jouent avec est sensible. Par ricochet, cette présence plus soutenue (mais probablement moins envahissante) incite les interprètes à une exigence accrue sur le tempérament et la justesse. Les salles de concert qui se contentaient jusqu’alors de louer des instruments standards et peu audibles prennent désormais conscience de l’intérêt de ces nouveaux positifs pour mettre en valeur et la musique et leur lieu : Château de Versailles Spectacles ou encore La Seine musicale ont fait l’acquisition d’instruments de Blumenroeder, dont l’harmonisation a été spécialement calibrée pour leur acoustique.

Sébastien Daucé
Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous