Jean-Marie Tricoteaux : « L’harmoniste est un équilibriste »

Suzanne Gervais 05/12/2018

L’harmoniste de tuyaux est à la facture instrumentale ce que le nez est à la parfumerie : un profil rare, exigeant… et prisé. L’agenda de Jean-Marie Tricoteaux est plein. L’artisan a des chantiers dans toute l’Europe et le même souci, trouver le timbre juste.

Facteur et harmoniste : ce sont deux métiers différents ?
L’harmonisation est une corde que tous les facteurs n’ont pas à leur arc. L’harmoniste intervient sur l’instrument une fois qu’il est construit et qu’il fonctionne. Réaliser un orgue est un travail d’équipe. Harmoniser les tuyaux, c’est donner à l’orgue son timbre. C’est une mission terriblement subjective, qui dépend de la culture et du goût de l’harmoniste, de la mode aussi. D’autant qu’il y a autant de timbres qu’il y a d’orgues ! L’emplacement des tuyaux influe sur le timbre, tout comme la taille de l’instrument et l’acoustique de l’édifice. L’harmoniste donne à chaque jeu une personnalité propre : un vrai travail d’équilibriste.
Quel est le profil de l’harmoniste ?
Il faut avoir une solide formation musicale et une fine connaissance des esthétiques. Le timbre que l’on va donner à l’orgue dépend, idéalement, des répertoires qui y seront joués. On apprend ce métier autant à l’atelier que dans les livres d’histoire de la musique. Il faut lire les écrits des compositeurs, pour essayer de comprendre quel était leur idéal sonore. L’orgue allemand ne sonne pas comme l’orgue français. Et quand on parle d’orgue allemand, de quelle région parle-t-on ? L’harmonisation requiert aussi des connaissances en physique, car il faut faire des calculs, notamment pour ajuster le réglage du vent et sa pression.
C’est donc un métier aussi intellectuel que manuel…
La facture d’orgue tout entière est intellectuelle. Les ateliers ressemblent à des studios d’architectes avec des chevalets recouverts de calculs, mesures, croquis. Une longue phase de réflexion est nécessaire avant de construire l’orgue. Le travail de l’harmoniste commence, lui, par le choix de la taille du tuyau, son diamètre, la largeur de sa bouche. Mais, avant de commencer à travailler sur un orgue, on doit savoir quel son on cherche : l’oreille est aux aguets. Sans patience ni minutie, il faut changer de métier. Le rôle de l’harmoniste est de livrer un orgue où l’interprète trouve son compte. Aussi, son intervention est obligatoire quand on construit ou qu’on restaure un orgue.

L’harmoniste est récemment intervenu sur les orgues de Fresnes (94), Charolles (71), ou encore Chaville (92). Il continue de travailler sur le chantier de l’orgue de l’église Sainte-Carmen à Murcie, en Espagne. Jean-Marie Tricoteaux reçoit par ailleurs les harmonistes qui souhaitent se former ou se perfectionner.
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