Quentin du Verdier : « Le public a besoin de voir des jeunes jouer de l’orgue »

Suzanne Gervais 05/12/2018
A 21 ans, celui qui avait envisagé une carrière d’ingénieur vient de remporter le premier prix
du concours Pierre-de-Manchicourt dans le Pas-de-Calais.
Quel souvenir gardez-vous de vos premiers cours d’orgue ?
Beaucoup d’excitation. L’apprentissage de l’orgue est grisant : plus on apprend, plus on mesure l’étendue de ce que l’on peut faire avec un tel instrument. D’autant que l’on joue souvent ses premières notes dans des cadres peu ordinaires. Moi, j’ai débuté directement sur l’orgue de la cathédrale de Tulle : une sacrée motivation ! A tel point qu’au lycée, j’ai commencé à songer au métier d’organiste. Mais j’hésitais avec des études d’ingénieur. Les maths m’ont aidé à choisir : après un bac S, je suis parti au CRR de Versailles, dans la classe de Jean-Baptiste Robin. Je viens d’entrer au CNSMD de Paris.
On dit que l’orgue est un instrument très physique.
A vrai dire, c’est aussi un instrument très intellectuel. Outre l’improvisation, les disciplines d’érudition sont essentielles : analyse, écriture, histoire de la musique… La monotonie n’existe pas. C’est aussi valable pour notre répertoire, absolument immense. Je suis fou du baroque français et du génial Nicolas de Grigny, injustement méconnu du grand public. Mais j’aime aussi l’école française contemporaine : Duruflé, Florentz, Escaich… Dès qu’on aborde un nouveau style, il faut changer d’instrument. L’organiste est un musicien nomade.
Que pensez-vous des concours ?
Ils sont indispensables si l’on veut se lancer dans une carrière de soliste. Prenez le concours de Montréal : les lauréats ont des concerts pendant quatre ans. Le concours Pierre-de-Manchicourt est très pointu. On peut concourir sur un, deux ou trois instruments. J’ai remporté le premier prix sur l’orgue d’inspiration classique française de Lens. Et je ne compte pas m’arrêter là : je prépare déjà le concours Florentz, à Angers. Les concours sont difficiles, mais un trac bien dosé est bénéfique, surtout à l’orgue. La coordination fait que nous avons vite des automatismes. On est facilement extérieur à ce que l’on joue. Le trac permet de se recentrer sur son interprétation.
Comment voyez-vous votre carrière ?
Si tout se passe bien, j’imagine un parcours d’organiste classique : concerts, tribune, enseignement… On perdrait un peu de la saveur de ce métier en se privant de l’une de ces trois facettes. Mais je verrai. Pour l’instant, j’apprends. En attendant, j’assure la direction artistique du festival d’orgue de Tulle. Et il marche du feu de Dieu ! Pour le Requiem de Duruflé, en août, nous avons accueilli 300 personnes. Le public a besoin de voir des jeunes jouer de l’orgue.
Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous