Après les gilets jaunes, les intermittents ?

Antoine Pecqueur 09/01/2019
L’année 2018 s’est terminée dans un climat de grave crise sociale. Au-delà des violences qui ont émaillé les manifestations, le mouvement des gilets jaunes a révélé la précarité criante d’un trop grand nombre de nos compatriotes ; les artistes, et notamment les musiciens, ont d’ailleurs pu se retrouver dans certaines revendications, comme le montre l’enquête de notre collaboratrice Gabrielle Maréchaux.
Les prochains mois ne vont pas marquer de répit sur le terrain social. L’une des prochaines étapes, très attendue, est la réforme de l’assurance chômage. Avec comme objectif 3 à 3,9 milliards d’euros d’économies sur trois ans. Syndicats et patronat, qui gèrent paritairement l’assurance chômage à travers l’Unédic, risquent bien de s’écharper sur le sujet. Le gouvernement objecte que cette réforme va permettre de s’attaquer aux contrats courts et donc à la précarité.
On peut dès lors s’interroger : le modèle de l’intermittence du spectacle va-t-il survivre à une telle cure d’austérité ? Si Emmanuel Macron a beau annoncer vouloir maintenir le régime, on ne sait pas encore dans quelles conditions. Le dernier accord remonte à 2016 : il avait été piloté directement à Matignon par Manuel Valls, avec à la manœuvre Claire Guillemain, ancienne déléguée générale du syndicat Profedim et par la suite conseillère spectacle vivant de Françoise Nyssen.
Aujourd’hui, la situation n’a plus rien à voir. Le Premier ministre a toujours affiché son hostilité à l’égard de Françoise Nyssen ; c’est lui qui aurait exigé son départ. Maintenant qu’un proche d’Edouard Philippe est rue de Valois, les choses vont-elles s’améliorer ? Rien n’est moins sûr, car le cabinet de Franck Riester ne compte pas de conseiller social. C’est le ministère du Travail qui va se retrouver en première ligne, et le directeur de cabinet de Muriel Pénicaud n’est autre qu’Antoine Foucher, qui était au Medef pendant les négociations de l’accord de 2016…
Il est légitime de s’interroger sur le régime, notamment sur le rapport entre artistes et techniciens, sur le fait d’intégrer tous les revenus et non seulement les salaires dans le calcul (l’auto-entrepreneuriat est trop peu déclaré) ou encore sur la question de la permittence. Même si, paradoxalement, ce sont justement les permittents de l’audiovisuel qui, par leurs cotisations, rapportent de l’argent au régime. A travers cette réforme, le risque le plus grave est de créer une fracture entre les Français, avec des intermittents perçus comme des privilégiés. Le gouvernement pourrait avoir intérêt à voir se créer de telles tensions.
Plus que jamais, le monde de la culture devra faire œuvre de pédagogie (le public ignore trop souvent que tous les ensembles de musique baroque ou contemporaine emploient des intermittents) et ne pas s’isoler du reste des travailleurs. Il reste six mois avant le début des festivals d’été : le chronomètre est lancé. Au risque sinon de reproduire la bronca de 2003.

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