Histoires de luthiers

Suzanne Gervais 09/01/2019
Souvent méconnu, le métier de luthier regorge d’anecdotes, tantôt touchantes, tantôt cocasses. Trois professionnels se sont prêtés au jeu et nous dévoilent leur petit florilège 2018. De quoi bien commencer l’année…

David Leonard Widmer (Lyon)

Bric-à-brac Vous seriez ébahis de voir ce que je peux trouver dans les instruments que j’ouvre (violons, altos, violoncelles). Souvent des mégots, particulièrement dans les contrebasses… J’ai trouvé une barrette à cheveux dans un alto. Dernièrement, un musicien de l’Orchestre national de Lyon m’a appelé en urgence, car, en répétition générale, il avait fait tomber son crayon dans son violon et n’arrivait pas à le sortir : il avait un concert le soir même.

Patrick Charton (Paris)

Sans âme Un client m’apporte son violon en se plaignant qu’il ne sonne pas très bien : « C’est un violon que j’ai trouvé dans le grenier familial. Il était très poussiéreux et à l’intérieur il y avait des morceaux de journal et même un bout de bois ! J’ai eu du mal à l’enlever. » C’était l’âme…
Kamikaze Un autre jour, c’est un parent d’élève, l’air furieux, qui m’apporte le violon loué pour son enfant, tout simplement coupé en deux. « Ce n’est pas solide, vos appareils. Pourtant je ne l’ai pas jeté de haut ! »

Mickaël Ourghanlian (Bourg-en-Bresse)

Luthier et psy Une violoncelliste pousse la porte de l’atelier, manifestement angoissée, elle joue le soir même un concerto. « Mon instrument ne sonne pas ! » se plaint-elle. Pas de problème, nous allons faire un réglage et tout ira bien. Nous y passons quinze minutes, une demi-heure, une heure ! Et toujours pas de satisfaction de la cliente. Je commence à ne plus rien entendre et lui conseille de faire une pause : « Allez boire un café, je continue le réglage. » Elle revient, essaie l’instrument… qui sonne merveilleusement. Elle repart, ravie. Pendant tout le temps où elle était allée boire son café, j’avais laissé son instrument sur un établi, sans y toucher… Ah, la psychologie du musicien !
Dégât des eaux Un musicien arrive à l’atelier et nous explique que son violon, un magnifique Guersan, a passé douze heures dans sa boîte… sous l’eau ! J’ouvre la boîte en tremblant et je découvre un puzzle de 70 pièces. Cela m’a demandé six mois de travail pour le remettre en état.
Plastique Une prof de violon m’envoie un élève dont le violon ne sonne, selon elle, « franchement pas terrible ». Il m’explique l’avoir acheté… à la Fnac ! Drame : le manche, la volute et la touche sont en plastique. J’essaie toujours de faire ce que je peux pour rendre ce genre d’instruments aussi jouable que possible, y perdant souvent du temps et de l’argent, mais là j’ai capitulé.

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