Un crowdfunding pour l’épicéa du Val di Fiemme

Marc Rouvé 09/01/2019
A la suite des tempêtes de cet automne, la manufacture italienne Ciresa, spécialisée dans le bois de lutherie, doit gérer les arbres déracinés. Un travail de grande ampleur.
Vous vous souvenez certainement des terribles tempêtes qui ont frappé le nord de l’Italie en octobre dernier. Dans le nord-est, la région du Val di Fiemme et la parc national de Panaveggio ont été durement touchés, avec des milliers d’arbres déracinés. En dehors du désastre écologique qui doit mobiliser chacun d’entre nous, cette catastrophe naturelle – qui est peut-être une illustration supplémentaire du désordre climatique mondial – touche indirectement les musiciens. En effet, le climat particulier de cette région favorise la pousse très lente d’un épicéa d’une qualité exceptionnelle, recherché par les grands luthiers de Crémone il y a plus de trois siècles, comme par ceux de notre temps : fabricants de guitare, facteurs de clavecins ou les pianos Fazioli, dont les locaux sont situés non loin du Val di Fiemme. L’épicéa utilisé pour les instruments de musique est âgé de 150 à 200 ans, c’est dire si la replantation mise en œuvre ne produira pas ses effets tout de suite. De son côté, la manufacture régionale Ciresa, spécialisée dans le travail du bois de lutherie, se trouvé confrontée à une problème inédit : en temps normal, elle gère 350 à 400 mètres cubes de bois chaque année, or, avec les chutes d’arbres, elle pourrait avoir à traiter 1 300 à 1 500 mètres cubes, selon son directeur Fabio Ognibeni. L’idée est donc de récupérer le maximum d’arbres déracinés, compatibles avec les exigences spécifiques des bois de lutherie. Face à ce défi, les difficultés ne manquent pas. En effet, Ciresa doit surmonter deux écueils. Il faut d’abord ramasser autant d’arbres que possible avant le mois de juin, la saison chaude favorisant le développement des insectes et de la moisissure. Un arbre “infesté” sera réservé à l’utilisation en bois de chauffe ou terminera en emballage ou palette. Triste fin pour le roi des bois de lutherie ! La deuxième difficulté est financière, car pour acheter ce bois puis le traiter convenablement, Ciresa va devoir investir des sommes qui dépassent ses capacités de trésorerie. L’entreprise transalpine a donc lancé une campagne de crowdfunding pour réunir les fonds nécessaires. Les donateurs peuvent donner 80, 150 ou 300 euros. Pour les luthiers il pourra s’agir d’une avance sur des commandes futures en épicéa du Val di Fiemme, tandis que le particulier mélomane, sensible à la préservation de ces arbres exceptionnels vieux de deux cents ans, pourra se voir restituer la somme au bout de trois ans maximum. Chaque donateur se verra remettre un certificat et un objet souvenir fabriqué en épicéa du Val di Fiemme.
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