L’exemple allemand

Antoine Pecqueur 05/02/2019
Outre-Rhin, plus de 500 structures culturelles (musées, orchestres, théâtres, opéras…) ont signé le manifeste intitulé “Die Vielen”. Il s’agit d’un acte de résistance face à la montée en puissance du parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne), dont l’essor est notamment spectaculaire en ex-Allemagne de l’Est. Ce parti, désormais le deuxième du pays dans les sondages, se distingue par ses positions antimigrants et anti-européennes.
Si le monde de la culture se rassemble aussi fortement en Allemagne, c’est parce que se multiplient depuis quelques mois des signes plus qu’inquiétants. Des spectacles sont été perturbés par des groupes identitaires. Des responsables politiques de l’AfD tentent de faire annuler des productions artistiques, jugées trop “engagées”. Les spectacles traitant de l’immigration, ou avec la présence de migrants sur scène, sont particulièrement visés. C’est bien la liberté artistique qui est attaquée par ce parti, né dans la lignée des rassemblements Pegida.
Malheureusement, l’ensemble du monde artistique allemand n’est pas à l’unisson, et l’on ne peut que regretter l’attitude du chef d’orchestre Christian Thielemann, qui n’hésite pas à programmer des œuvres musicales officielles du IIIe Reich pour un concert de la Saint-Sylvestre à l’Opéra de Dresde. Dans un land comme la Saxe, où le vote d’extrême droite est massif, l’effet est plus que douteux.
Mais globalement, il est réjouissant de voir les scènes culturelles et surtout les artistes allemands dire non à ce mouvement nationaliste et xénophobe. Des débats, des spectacles en lien avec l’actualité sont programmés pour inciter plus que jamais à la réflexion.
En mai prochain, les élections européennes risquent d’être marquées, à travers tout le continent, par un score considérable des partis d’extrême droite. Et notamment en France où, dans les sondages, le Rassemblement national caracole en tête.
Les structures culturelles françaises devraient donc s’inspirer du manifeste allemand. Aujourd’hui, la tendance est à la banalisation d’un parti qui, en changeant de nom, veut se donner bonne figure. Aux artistes de montrer par leurs démarches qu’il n’en est rien. Les actions, comme celles de l’Orchestre de chambre de Paris avec les migrants, sont plus que jamais salutaires et indispensables. Aux différents arts de s’unir, de dépasser de vaines querelles intestines (comme on le voit actuellement dans divers processus de recrutement de directeur de structure) pour délivrer un message sociétal. A l’instar du pianiste germano-russe Igor Levit, qui au moment de son bis lors d’un concert à la radio de Cologne, a livré un vibrant plaidoyer contre le racisme. L’heure est à la mobilisation, pour affirmer que les valeurs de la culture sont à l’exact opposé de celles prônées par le populisme d’extrême droite.

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