Tribune : la culture, l’absente du Grand débat national

Michel Ventula 12/02/2019

Par Michel Ventula, secrétaire général du Syndicat national des enseignants et artistes SNEA-UNSA.

La France vit une période historique comme elle a su en vivre tout au long de son Histoire. Cette révolution culturelle se fait paradoxalement sans un mot pour la Culture, un grand mot majuscule pour une préoccupation médiocre ... Sous tous ses aspects, elle est pourtant bien l’essence du lien social, qui nous réunit et nous fait si cruellement défaut en ces temps troublés : lorsque la fracture territoriale se double d’une fracture culturelle, il est fort à parier que les débats sur le pouvoir d’achat, la transition écologique, la justice sociale et fiscale ne pourront à eux seuls régler cette sensation de mal-vivre qui rend les français pour le moins malheureux !
Pourtant la qualité reconnue de nos institutions culturelles - musées, bibliothèques, conservatoires, orchestres, festivals, etc. - fait l’identité et le rayonnement de notre Nation. Portées par un maillage territorial dense, les écoles d’enseignement artistique (musique, danse, théâtre), des beaux-arts, de cirque, de cinéma, se sont développées et sont souvent les seules structures de diffusion artistique. Alors que la Culture est un formidable atout touristique et économique pour notre pays, le spectacle vivant est aussi fragilisé par la remise en cause potentielle de l’intermittence, mais aussi du financement de nombre de festivals et autres manifestations culturelles.
Notre modèle culturel est en danger! Et les missions de service public dévolues à nos établissements d’enseignement artistique sont dévoyées vers une culture low-cost... La confusion entretenue en permanence entre Education artistique et Enseignement artistique spécialisé en est l’exemple le plus concret.
Les enseignants qui, par vocation, avaient décidé de transmettre leur passion et leur art, sont désormais contraints à la culture-poubelle, dans des écoles transformées,’’vite fait mal fait’’, en centres de loisirs, notamment dans les zones périphériques ou rurales qui ont aussi droit à l’excellence. Ces territoires subissent la double peine de la dévalorisation des objectifs artistiques et pédagogiques et trop souvent, d’une tarification inappropriée pour des populations déjà exsangues financièrement.
Nos responsables, guidés par la seule gestion comptable, s’achètent ainsi, et à très court terme, une image culturelle et la paix sociale, sans jamais réellement nourrir l’esprit et le cœur de nos concitoyens. Pour redessiner le monde de demain, il est important que les artistes de tous bords participent au grand débat national. Mobilisons-nous tous pour un monde dans lequel la Culture devra être un des piliers de notre "vivre ensemble".

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