Culture et inégalités

Antoine Pecqueur 26/02/2019
On apprend toujours énormément des cartes. Le département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la Culture (où a longtemps travaillé l’excellent sociologue Olivier Donnat, qui vient de prendre sa retraite) a fait paraître la deuxième édition de son Atlas régional de la culture : un document passionnant et lourd de sens. Analysant les données de 2016, il offre une radioscopie de l’offre culturelle sur le territoire, urbain comme rural, jusqu’à l’outre-mer.
Il en ressort, sans surprise, que les communes et les intercommunalités sont les principaux financeurs de la culture : elles réalisent 55 % de la dépense culturelle. L’Etat arrive en seconde place, à 29 %, suivi des départements (10 %) et des régions (6 %). Des chiffres qui ne peuvent que conforter les défenseurs de la clause de compétence générale, permettant à toutes les collectivités d’intervenir dans la culture et, ainsi, d’additionner les aides.
Mais là où l’atlas est le plus intéressant, c’est quand il révèle la répartition des dépenses culturelles de l’Etat sur le territoire. C’est en Ile-de-France qu’elles sont de loin le plus élevées, de l’ordre de 202 euros par habitant. A l’opposé, elles ne sont que de 17 euros dans les Pays de la Loire, à La Réunion, à la Guadeloupe et à Mayotte. Comme pour tenter de justifier un tel fossé, l’atlas note que les équipements nationaux et les grands opérateurs culturels sont concentrés en Ile-de-France ; autre constat inégalitaire.
De tels écarts ne sont pas tolérables. Lors de son passage éclair au ministère de la Culture, Françoise Nyssen, dont la maison d’éditions Actes Sud est basée à Arles, avait commencé à se battre pour une répartition plus équilibrée de l’offre culturelle. C’était le fameux plan “Culture près de chez vous”, dont, malheureusement, personne n’a plus vraiment entendu reparler.
L’atlas montre que dans les Pays de la Loire, par exemple, les collectivités viennent compenser l’absence de l’Etat pour offrir aux citoyens une offre culturelle. Mais dans d’autres régions, moins riches, les collectivités ne peuvent compenser et les populations vivent dans de véritables déserts culturels.
Il a longtemps été anormal que les équipements parisiens soient financés intégralement par l’Etat, sans la participation de la ville (alors qu’en région, le financement croisé a toujours été la règle). Heureusement, les choses évoluent, comme on l’a vu, non sans mal, avec la Philharmonie de Paris, où l’Etat et la ville se sont réparti le coût de la construction.
Désormais installé rue de Valois, Franck Riester doit faire de ce combat contre les inégalités géographiques une priorité pour le champ culturel. Au risque, sinon, d’accentuer encore plus la défiance envers les élites, mise en avant à travers le mouvement des gilets jaunes.

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