Pass culture : la défiance du secteur musical

Suzanne Gervais 26/02/2019
Le Pass culture, promesse de campagne d’Emmanuel Macron, est en phase de test dans cinq départements. Mais son appropriation s’avère timide et plusieurs questions se posent sur son financement.
Dix-mille jeunes de 18 ans issus de cinq départements – Finistère, Hérault, Bas-Rhin, Seine-Saint-Denis, Guyane – testent le Pass culture : ils ont pu télécharger l’application spécifique et disposent de la fameuse enveloppe de 500 euros. « Le Pass culture n’est pas un chèque, mais la mise en valeur de toutes les initiatives culturelles du territoire, gratuites et payantes », explique Céline Léger-Danion, responsable du projet Pass Culture au sein du ministère de la Culture. Du côté du secteur culturel, les interrogations demeurent et les inquiétudes s’intensifient.

Un outil de consommation

Si la musique fait partie intégrante des activités éligibles au Pass culture, que ce soit sous la forme d’achat de places de concert ou d’instruments, d’abonnement à un service de ­streaming ou d’inscription à des cours, le fonctionnement de l’application, conçu comme un « réseau social de la culture », selon les termes du ministère, ne loge pas toutes les esthétiques musicales à la même enseigne. « Franchement, l’application fonctionne comme Tinder. Quand je l’ai vue, je suis tombée de ma chaise ! » confie Aurélie Foucher, directrice générale de Profedim, le syndicat professionnel des producteurs, festivals, ensembles et diffuseurs indépendants de musique. Sur l’application, les propositions ne sont pas classées par genre (cinéma, musique, danse…), mais par verbes d’action comme “Applaudir”, “Ecouter”, “Apprendre”. Une présentation qui, selon le syndicat, dessert certains genres musicaux : « On ne peut pas mettre en avant le nom des musiciens ou du compositeur, ni le programme du concert… déplore Aurélie Foucher. La musique ancienne ou la musique contemporaine n’ont aucune chance dans un tel système. » Mêmes doléances du côté des musiques actuelles : « Il n’y a pas de texte sur la page d’accueil de l’application : l’utilisateur fait un premier choix d’après des photos », explique Aurélie Hannedouche, déléguée générale du Syndicat des musiques actuelles (SMA). Un filtre qui peut être discriminant : « Entre une photo de viole de gambe et une de Rihanna, le choix est vite fait », déplore-t-on du côté de Profedim, où l’on redoute que le dispositif gouvernemental favorise l’individualisme et le consumérisme.

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