En Italie, le bilan inégal du Bonus cultura

Antoine Pecqueur 26/02/2019
Mis en place en 2016, les “pass” italiens financent surtout l’achat de livres scolaires.
En lançant le Pass culture, Emmanuel Macron n’a fait que reprendre un dispositif existant de l’autre côté des Alpes, le Bonus cultura. Le principe est le même qu’en France : des chèques de 500 euros distribués aux jeunes de 18 ans. Matteo Renzi avait eu cette idée après les attentats de Paris en 2015, affirmant que, pour combattre le terrorisme, il était nécessaire d’investir à part égale dans les dépenses sécuritaires et culturelles. Lancé en 2016, le Bonus cultura a connu beaucoup de difficultés au démarrage : on a même vu des bénéficiaires le revendre pour 300 euros à des gens plus âgés… Lors de la deuxième édition, la situation s’est améliorée, et les jeunes ont été davantage concernés. Les dépenses totales se sont élevées à 192 millions d’euros, touchant 417 000 inscrits, alors que la première édition en avait réuni 356 000.
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Mais que se procurent les jeunes ? Les livres sont nettement privilégiés, à hauteur de 80 %. Amazon a publié le classement de ceux que les jeunes Italiens achètent grâce au Pass : ce sont surtout des ouvrages obligatoires dans les programmes scolaires, ainsi que quelques best-sellers. Vient ensuite la musique enregistrée, et en particulier le rap. Le spectacle vivant arrive loin derrière: le théâtre et la danse ne réunissent que 1 ,7 million  d’euros, soit moins de 1 % des dépenses du Bonus. On le voit : en inversant le modèle de l’offre et de la demande, le Pass ne fait que conforter les jeunes dans leurs expériences.
L’actuel gouvernement, coalition entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue du Nord, s’est interrogé sur le maintien du dispositif. Le ministre des Biens et Activités culturels, Alberto Bonisoli, était au départ très critique, déclarant que « ce n’est pas un bon de paiement qui va accroître l’intérêt des enfants pour la culture ». Il y a aussi le symbole : le Bonus est une mesure phare du précédent gouvernement. Mais au vu de l’augmentation du nombre de jeunes touchés, le gouvernement a préféré poursuivre l’opération. Il est vrai que l’Italie doit plus que jamais faire de la culture une priorité : près de 39 % des jeunes de plus de 25 ans dans ce pays se disent « inactifs culturellement », c’est-à-dire qu’ils ne lisent pas de livres, ne vont pas au musée. Pas sûr que le Bonus cultura soit suffisant…
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