La place des minorités ethniques dans les orchestres

Alors qu’en Grande-Bretagne est né le premier orchestre européen composé exclusivement de musiciens issus des minorités, quelle est leur présence dans les orchestres français ?
C’est une histoire qui débute par une question. Celle d’un ministre de la Culture anglais à une contrebassiste : « Pourquoi êtes-vous la seule ? » Une interrogation qui reste d’abord sans réponse car, quand Ed Vaizey interroge Chi-Chi Nwanoku en 2014, la musicienne ne comprend pas de quoi il lui parle. La gêne du politicien, sans doute, a écourté sa phrase : pourquoi donc est-elle la seule personne noire sur scène quand il va écouter de la musique classique ? Cinq ans plus tard, Chi-Chi Nwanoku ne s’est pas contentée de proposer des réponses à cette question, elle a voulu trouver des solutions. Pour cela, elle a fondé le premier orchestre composé entièrement de musiciens issus des minorités ethniques, baptisé Chineke !, d’après une interjection d’enthousiasme empruntée à la langue ibgo, une ethnie nigériane dont est originaire son père. Si l’orchestre a su déjouer les prédictions des sceptiques qui assuraient à Chi-Chi Nwanoku qu’elle ne trouverait jamais assez de musiciens de bon niveau pour remplir son orchestre, il a aussi surpris les attentes de sa créatrice, qui ne pensait pas aller au-delà du premier concert en 2015. Depuis, elle s’est même adjoint un orchestre junior pour les musiciens issus de minorités ethniques âgés de 11 à 18 ans. Car, pour Chi-Chi Nwanoku, le nerf de la guerre se joue dans la transmission : « Lorsqu’ils voient l’orchestre Chineke !, lorsqu’ils rencontrent ses musiciens, les jeunes issus de la diversité peuvent se projeter dans une carrière professionnelle. »

La diversité dans les programmes

De la diversité, la contrebassiste sexagénaire n’en veut pas que sur scène : Chineke ! a fait en sorte d’en avoir dans son administration, mais aussi – et surtout – dans son répertoire. L’orchestre exhume des noms comme ceux du chevalier de Saint-George, de Samuel Coleridge Taylor ou de Florence Price et met un point d’honneur à jouer la musique de compositeurs contemporains comme Errollyn Wallen ou Stewart Goodyear. Cette diversité en matière de programme et sur scène en génère une autre, celle de la salle. Chi-Chi Nwanoku ne se fait pas donneuse de leçons, assure qu’elle-même ne connaissait pas, durant les premières décennies de sa carrière, certains compositeurs qu’elle joue aujourd’hui, et répète « on est toujours en train de s’éduquer ». Rodée au récit de son orchestre qu’elle a livré à maintes chaînes de télévision et à des journaux prestigieux comme le New York Times, c’est cependant la première fois qu’elle s’exprime dans un journal français.

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