Rigoutat rejoint Buffet Crampon

Marc Rouvé 26/02/2019
C’est une étape majeure dans le monde des anches doubles : le groupe Buffet Crampon a repris la marque Rigoutat, créée en 1922. Entretiens avec le président du groupe, Jérôme Perrod, et avec Hélène de Villeneuve, hautbois solo à l’Orchestre philharmonique de Radio France.

Jérôme Perrod : « Devenir à terme le leader mondial du hautbois »

Buffet Crampon a développé sa gamme de hautbois il y a quelques années. Quelle est la spécificité de ce segment ?
Buffet Crampon a entamé depuis quelques années une petite révolution qui consiste à s’occuper de cette famille d’instruments en vrai spécialiste. Ainsi, il y a trois ans, nous avons lancé le modèle Prodige, suivi du Virtuose, fin 2017. C’est un secteur qui partage une certaine proximité avec la clarinette, mais qui a des particularités fortes. Le hautbois est un instrument magnifique, mais sans doute aussi plus complexe, avec sa richesse personnelle, des “styles” et des écoles acoustiques très différentes, entre Europe-Asie, d’un côté, et Etats-Unis, de l’autre. On y rencontre beaucoup d’artistes de grand talent qui vivent en intimité avec leur instrument.
Dans quelle stratégie l’acquisition de Rigoutat s’inscrit-elle ?

L’objectif était de trouver une solution afin de développer la marque Rigoutat, en nous appuyant sur les ressources de présence mondiale de Buffet Crampon. Avec cette offre élargie, nous allons renforcer notre poids dans le secteur du hautbois et du cor anglais en proposant un spectre élargi d’instruments aux musiciens, selon leur style de jeu et leurs préférences esthétiques. Cela devrait nous permettre de devenir, à terme, le leader mondial du hautbois – nous y sommes presque ! – et d’accentuer le rayonnement des vents français. D’ailleurs, si l’on prend en compte les bassons allemands, dont nous vendons un volume significatif, nous sommes déjà un acteur majeur des anches doubles dans le monde.

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Quelles synergies vont naître de ce rapprochement ?
Nous allons mutualiser les ressources pour nous appuyer sur une plateforme opérationnelle renforcée en production, en recherche et développement et en présence commerciale, notamment lors des événements musicaux partout dans le monde avec les deux marques. Un des chantiers communs est la mise en ligne du nouveau site Web Rigoutat. De son côté, Philippe Rigoutat, déchargé de ses tâches administratives et de gestion courante, va pouvoir se consacrer pleinement au développement des nouveaux produits et à la collaboration avec les artistes. Il convient de préciser qu’il le fera pour les deux marques.
Sans risque de confusion ?
Non, chaque marque conservera son identité sonore et continuera de se développer sur ses propres territoires acoustiques. Il y aura donc une vraie complémentarité entre Buffet Crampon et Rigoutat. C’est tout notre intérêt, comme celui des musiciens.

Hélène Devilleneuve : « ces deux marques ont des identités sonores proches »

Que représente pour vous cette acquisition ?
On peut dire que c’est un mariage à la fois de cœur et de raison. Le cœur, parce que ces deux marques ont des identités sonores assez proches. Un air de famille qui s’explique par une conception du début de la perce du même type ou par la place de l’octaviation. Bien sûr, il y a des différences, et chaque maison a son identité, mais le musicien qui passe d’une marque à l’autre ne se trouve jamais en terre inconnue. J’ai joué pendant vingt-cinq ans sur un instrument Rigoutat et lorsque j’ai opté pour un hautbois Buffet Crampon, je n’ai pas eu besoin de changer mon type d’anche. C’est un signe qui ne trompe pas quand on sait l’importance de cet accessoire pour les hautboïstes ! Du côté de la raison, je pense que c’est une belle opportunité pour Philippe Rigoutat, qui voit sa marque rester en France avec, en plus, des possibilités de développement offertes par la taille de la société Buffet Crampon.
Avec ce rapprochement, quelles perspectives voyez-vous ?
On peut s’attendre à ce que Rigoutat bénéficie du support de communication de Buffet Crampon et de l’état d’esprit entreprenant de ses équipes. Ça me semble indispensable dans ce secteur très spécifique de la facture instrumentale. Pour les musiciens, c’est appréciable de voir que l’héritage Rigoutat, qui remonte au début du 20e siècle, va se perpétuer, car à l’atelier de Joinville-le-Pont il y a un savoir-faire de très grande qualité. Dans le même temps, on voit la plupart des grands hautboïstes du passé et du présent se retrouver au sein de la même “­maison mère”. Et pour le côté pratique, le showroom du boulevard Saint-Germain, à Paris, est un atout vraiment appréciable, qui donnera encore plus de visibilité aux instruments, en permettant, par exemple, aux musiciens étrangers en tournée à Paris de découvrir la gamme ou d’effectuer un réglage.
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