Musique à la maternelle : un enjeu prioritaire

Vincent Agrech 26/02/2019
L’initiation musicale commence à se développer dès le plus jeune âge. Mais qu’est-ce qui se passe dans le cerveau des tout-petits ? Le système éducatif français est-il à la hauteur des enjeux ? Et surtout, de quel apprentissage parle-t-on, celui de la musique, ou celui par la musique ?
Los Angeles Expo, sous la lumière dorée d’un bel après-­midi d’automne. On ne s’étonne pas de croiser, instruments en bandoulière, les enfants et adolescents du Youth Orchestra of Los Angeles, cogéré par le Los Angeles Philharmonic et la fondation Harmony Project. Les stades et gymnases construits pour les premiers Jeux olympiques dans ce quartier difficile, théâtre de nombreuses échauffourées entre gangs, sont en effet devenus le noyau historique de ce projet éducatif et social élaboré selon les principes du Sistema vénézuélien – dont le directeur musical de l’orchestre, Gustavo Dudamel, est la figure emblématique. Mais que font parmi eux ces bouts de chou de 3 à 5 ans ? Pas déjà derrière un pupitre, quand même ? Poussons la porte d’une salle : autour de deux intervenants, une vingtaine de tout-petits, parfois accompagnés de leurs mamans (pas de papas ce jour-là), participent aux jeux sonores et rythmiques inspirés par la méthode Gordon, l’une des plus répandues en Amérique du Nord pour l’éveil musical.

Quartiers défavorisés

Le Dr Margaret Martin, fondatrice de Harmony Project, n’est pas une femme ordinaire. Mère adolescente, victime de violences conjugales, elle a vécu dans la rue avec deux enfants en bas âge, travaillé, intégré l’université, décroché un doctorat en santé publique. De toutes ses expériences, elle a retiré la certitude que la musique devrait tenir une place fondamentale dans l’éducation des jeunes enfants. « Harmony Project a démarré en 2001 comme une initiative locale – des cours collectifs de musique gratuits pour les enfants des quartiers défavorisés, dans les murs des écoles après les classes. Au fil des ans, nous avons grandi, jusqu’à compter 3 500 élèves aujourd’hui à Los Angeles, de la maternelle à la fin du lycée. Le laboratoire des neurosciences auditives de la Northwestern University, à Chicago, a mené pendant trois ans une étude d’impact, particulièrement révélatrice, sur la période clé qui précède l’apprentissage de la lecture. Elle démontre que l’entraînement à déchiffrer l’environnement sonore, à moduler soi-même la fabrication du son favorise une neuroplasticité laissée en sommeil quand un enfant n’est pas suffisamment stimulé par son entourage, généralement parce qu’il ne voit pas assez ses parents, et surtout si ces derniers sont arrivés récemment dans un pays dont ils maîtrisent imparfaitement la langue et où ils n’ont pas accès à des écoles de qualité. Or l’aptitude auditive est cruciale pour la réussite scolaire. Les enfants qui n’ont pas développé les connexions cérébrales adéquates peinent à discerner finement les sons, subissent des retards d’apprentissage de la lecture et tout le décrochage qui s’ensuit – je mets bien entendu à part les déficiences auditives d’origine pathologique, qui supposent un enseignement adapté. Mais ce que je suis en train de vous dire, au travers de cet exemple, c’est qu’un entraînement musical intensif chez les tout-petits permet de surmonter les déficits neurologiques induits par la pauvreté. »

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