Nicolas Bucher : « Le CMBV veut créer un parc instrumental pour les musiciens »

Suzanne Gervais 13/03/2019
Le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) lance un vaste chantier pour étoffer son parc instrumental. Premier objectif : les anches doubles. Le point avec Nicolas Bucher, son directeur.
La constitution d’un grand parc instrumental fait partie des premières directives que vous donnez au CMBV…
Nous voulons participer à la recherche instrumentale baroque, qui est en évolution constante. La constitution d’un parc digne de ce nom au CMBV répond à des considérations très pratiques : aujourd’hui, il manque des instruments rares aux bons diapasons, qui puissent être utilisés par tous les musiciens, professionnels et étudiants. Pour développer l’enseignement de la musique ancienne, les conservatoires ont besoin d’instruments bien précis. Le parc sera donc ouvert aux musiciens professionnels et aux conservatoires, aux établissements d’enseignement supérieur comme aux écoles de musique. Nous prévoyons également de prêter certains instruments à des étudiants prometteurs, pour un an ou deux.
Concrètement, comment procédez-vous ?
Tout simplement en faisant participer les interprètes. En janvier, nous avons réuni, à Versailles, une quarantaine de hautboïstes et de bassonistes baroques. Ma question était simple : « De quoi avez-vous besoin pour jouer plus et mieux la musique baroque ? » Ils ont fait leur liste au père Noël et ont pu discuter entre eux. Si nous voulons que ce projet fonctionne, il faut partir du terrain. Ce que nous voulons constituer, c’est un parc instrumental pour les musiciens et par les musiciens, auquel nous apporterons notre expertise.
Pour ne pas réitérer l’expérience des 24 Violons du roi*, des instruments très décriés par les spécialistes ?
Ces instruments sont critiqués, oui, mais ils sont quand même régulièrement utilisés : ils sont tout le temps en vadrouille dans les conservatoires et traversent régulièrement l’Atlantique. Le précédent des 24 Violons nous a servi de première expérience : nous avons changé notre méthode. Au lieu de partir d’un seul artiste et d’un seul luthier, nous en réunissons le plus possible. Cette fois, nous allons passer commande à des luthiers très différents, dont certains nous ont été recommandés par les interprètes eux-mêmes. Des Français, mais pas exclusivement.
Quel est le budget d’un tel chantier ?
Le projet est très coûteux et va durer vingt ans : nous tournons autour d’un million d’euros, au bas mot. Nous nous appuyons essentiellement sur le mécénat. La prochaine étape est de trier les requêtes des musiciens que nous avons rencontrés en janvier. Nous leur présenterons bientôt nos propositions. Puis, il faudra passer commande pour lancer la fabrication des premiers instruments. Nous aimerions qu’ils soient disponibles en 2020.

* En 2008, le projet de recréer le célèbre orchestre de Versailles avait été confié au violoniste Patrick Cohën-Akenine. Les instruments ont été reconstruits par les luthiers Antoine Laulhère et Giovanna Chitto.
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