Olivier Féraud : « L’archéolutherie est un travail d’enquête »

Suzanne Gervais 13/03/2019
A l’instar d’Olivier Féraud, basé à Lyon, les fabricants d’instruments médiévaux et renaissants ont une démarche résolument différente de celle des luthiers traditionnels.
Qu’est-ce que l’archéolutherie ?
La dénomination n’est absolument pas officielle ! Ceux qui s’en revendiquent sont des luthiers qui fabriquent des instruments médiévaux et Renaissance. Un archéoluthier sort rarement d’une école de lutherie. D’ailleurs, mis à part une école de lutherie Renaissance en Angleterre, il n’y a rien du tout pour le Moyen Age. L’archéolutherie est en fait de la recherche appliquée. Comme on ne peut pas copier de plans, on réalise tout un minutieux travail d’enquête et de déductions d’après des sources très variées : enluminures, gravures, sculptures, traités…
Comment travaillez-vous ?
Quasiment aucun instrument médiéval n’a survécu. Ce qui nous reste date du 15e siècle, ce qui est déjà tardif. Le travail est donc très méthodique : je choisis un modèle, une enluminure, par exemple. Je trouve les volumes, les proportions, je redessine tout ce qui me permet d’établir un plan. Ensuite se pose la question des matériaux et des techniques de fabrication… On est censé travailler le plus possible avec les méthodes de construction et les outillages d’époque. Par exemple, un instrument médiéval est, dans 80 % des cas, sculpté dans la masse. Si on ne respecte pas les savoir-faire de l’époque, on dénature l’instrument.
Quels obstacles rencontrent les archéoluthiers ?
On projette nos nécessités actuelles sur les reconstitutions qui sont faites aujourd’hui. Prenez la vièle à archet : beaucoup de luthiers réalisent des instruments qui seront facilement jouables pour les violonistes ou les violistes. Il y a, sur le marché, bien plus d’instruments médiévaux “adaptés” ou “inspirés de” que d’instruments historiquement valables. Et puis, je vous épargne le débat qui divise les archéoluthiers sur l’existence de l’âme de la vièle.
Quels sont les débouchés ?
Le marché des instruments médiévaux et Renaissance monte tout doucement. Il y a quelques salons : Saint-Guilhem-le-­Désert dans l’Hérault, Saint-Loubès en Gironde… Quelques luthiers qui viennent du baroque s’y mettent : aujourd’hui, les facteurs de luths et de violes proposeront facilement des modèles pour la musique médiévale.
Comment faire davantage connaître votre travail ?
Je passe le plus clair de mon temps dans mon atelier, mais j’essaie de collaborer avec la recherche académique, en donnant des conférences ou en publiant dans des revues universitaires. Je donne aussi des cours au Centre international de musiques médiévales de Montpellier. Hélas, les luthiers sont très rarement invités à parler de leur travail : ils sont laissés à l’écart du milieu musicologique, alors qu’ils ont beaucoup à dire. Un tel cloisonnement est un gros frein au développement des répertoires les plus anciens. Je vais aussi régulièrement au CNSMD de Lyon, pour lequel je restaure des instruments : il faut susciter l’intérêt des conservatoires pour que les étudiants jouent ces instruments.
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