Chanteur et acteur

Du théâtre au studio de télévision, Flannan Obé appréhende la scène de bien des manières. Pour ce passionné d’opérette, c’est le jeu qui prime.
«Rien n’est sérieux, à commencer par soi-même. » De sa voix posée, Flannan Obé tente de dominer le brouhaha ambiant ; il est 14 heures et les clients abondent dans ce café de la place du Châtelet, au cœur de Paris. Quand il était jeune comédien, Flannan aimait les rôles tragiques et les voix graves. A cette évocation, un sourire se dessine sur ses lèvres et derrière ses lunettes, ses yeux bleus pétillent : « La conception qu’on a de soi-même jeune est rarement juste. » Et c’est peu dire, car aujourd’hui Flannan Obé endosse essentiellement des rôles de ténor de caractère dans des opérettes.

« Je n’aimais pas les ténors ! »

Synthèse entre « une mère carrée et un père un peu fantasque », Flannan Obé ne pouvait que devenir artiste. C’est son père qui lui donne goût à la scène. Le fils intègre le cours Florent à partir du lycée. En parallèle, il étudie la musique : violon de 5 à 9 ans, chorale, chœur et cours de chant, d’abord à Paris, puis à La Rochelle, où il suit son professeur. Admirateur de José Van Dam, il croit à l’époque être baryton-basse. Mais, sans s’en rendre compte, il ne chante pas dans sa voix, ce qui le fatigue beaucoup. « Je n’aimais pas les ténors, je voulais être baryton. J’avais quelques graves, mais ma voix était mal placée. »
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On lui confie ensuite de plus en plus de rôles de ténor, comme Gustave dans Pomme d’Api d’Offenbach, mais la prise de conscience a lieu tardivement. « A 39 ans pour être précis. J’en ai 43. Ma couleur s’éclaircissait, on me disait que j’avais une voix très française… Il faut accepter ce qu’on a ! » ajoute-t-il en riant. A la scène, il chante souvent aux côtés de la soprano Lara Neumann, qui souligne que « la voix de Flannan a plusieurs registres et un ambitus assez large ». Il semble avoir depuis trouvé un répertoire qui lui convient à merveille : l’opérette. « Cela a été une évidence. Le ridicule m’intéresse. » Il a, entre autres, incarné John Styx dans Orphée aux Enfers d’Offenbach et vient tout juste de s’illustrer dans Les Deux Aveugles d’Offenbach et Le Compositeur toqué d’Hervé.

D’abord acteur

Pourtant, ses débuts de chanteur ne furent pas sans remises en question. « J’étais d’abord comédien et j’ai dû admettre que j’étais aussi chanteur. » Les premières fois où on lui confie un rôle chanté, Flannan Obé se sent « usurpateur ». A tel point qu’il tombe malade avant chaque concert. « Je me souviens d’un spectacle avec la compagnie Les Brigands où il n’y avait que des chanteurs de formation. On devait déchiffrer, apprendre des harmonies. Je ne me sentais pas au niveau, j’ai failli arrêter. Mais quand on est passé aux répétitions scéniques, j’avais plus de facilités et de plaisir. » Et malgré les angines, il parvient à faire rire le public. Flannan Obé et Lara Neumann partagent encore les mêmes doutes sur leur « légitimité » à chanter sur scène, vingt ans après leur rencontre. « Notre force, c’est le jeu. Le sanglot primera toujours sur la note, explique Lara Neumann. Creuser les personnages nous intéresse. Flannan a la sensibilité et la recherche d’un comédien. Ce n’est d’ailleurs pas un comédien d’instinct, il réfléchit beaucoup à ses personnages. » Il est même tellement « acteur » qu’il lui arrive de mettre sa voix en danger au profit du jeu. « J’aime les choses physiques. Je ne me protège pas. » Dans Croquefer d’Offenbach, il incarne le personnage-titre, « méchant, acariâtre, hystérique », qui demande un grand investissement de l’interprète.
Son métier le conduit parfois aussi derrière le petit écran. « C’est presque une autre profession. Les bouffonneries que permet l’opérette sont peu recommandées devant une caméra ! » S’il fait quelques apparitions au cinéma, c’est surtout à la télévision que Flannan donne la réplique. Dans Avocats et Associés, il incarne Jean-Bern. « C’est un personnage écervelé, adorable, gaffeur. Il y avait de l’humour, mais également des scènes intimes et sensibles. C’est intéressant de pouvoir chercher aussi de ce côté-là. »

Comédie musicale et chanson française

A la scène, Flannan joue, chante et danse – il a de « petites bases en classique, modern jazz et claquettes ». Tout ce qu’il faut à un artiste pour jouer dans des comédies musicales. Admirateur de Stephen Sondheim, il se passionne pour ces « cousines » de l’opérette. Tous les ans, il se rend à New York et « tout le budget y passe » ! Mais ce qui le séduit encore plus, ce sont le music-hall et le cabaret. « Je me sens héritier de cet art. Mon père a commen­cé au cabaret de l’Ecluse. Il y a quelque chose de beau, d’artisanal à dire une chanson ou un texte sur un petit bout de scène face à des gens. C’est un apprentissage que rien ne remplace. »

Egalement scénographe, notre comédien-chanteur s’inspire de la chanson française. Il met actuellement en scène le trio des Swinging Poules pour leur deuxième spectacle. « Boulimique de travail », reconnaît-il.
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